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Le tournoi du siècle ou le chaos organisé le plus cher de l’histoire ?

Il y a des compétitions qui font rêver avant même que le coup d’envoi soit sifflé. Et puis il y en a d’autres qui, dès l’annonce de leur organisation, font grincer des dents, lever des sourcils et serrer des poings. La Coupe du monde 2026, coorganisée par les États-Unis, le Canada et le Mexique, appartient résolument à cette deuxième catégorie. Et pour une fois, les critiques ne viennent pas d’une poignée de grincheux nostalgiques : elles émanent de chercheurs, d’organisations de défense des droits humains, de journalistes et de simples fans de football qui regardent la situation avec une inquiétude croissante.

Alors posons la question frontalement, sans détour : cette édition 2026 sera-t-elle réellement la pire Coupe du monde de l’histoire du football ? La réponse mérite qu’on prenne le temps d’y réfléchir sérieusement, parce qu’elle touche à quelque chose de bien plus profond que le simple cadre sportif.

L’ingérence politique est au cœur du problème. Et ce n’est pas une vague impression subjective. Des chercheurs spécialisés en géopolitique du sport, comme Carole Gomez de l’Université de Lausanne, reconnaissent eux-mêmes que le niveau d’instrumentalisation politique observé autour de ce tournoi est sans précédent dans l’ère moderne. Contrôles d’identité renforcés, déploiement militaire, restrictions concernant les droits des personnes LGBTQIA+ sur le sol américain : la liste des signaux alarmants s’allonge dangereusement. Et la FIFA, cette institution qui brandit habituellement le principe de non-ingérence politique comme un étendard sacré, semble regarder ailleurs avec une complaisance difficile à justifier.

« On a l’impression que la FIFA ne suit pas ses règles, que l’arbitre a perdu ses cartons rouges. » (François Graas, coordinateur campagnes et plaidoyer d’Amnesty International)

Cette citation dit tout. Et elle brûle, parce qu’elle pointe une hypocrisie institutionnelle que tout le monde ressent sans toujours pouvoir la nommer. La FIFA a sanctionné des fédérations nationales pour bien moins que ce qui se passe actuellement aux États-Unis. Des pays ont été exclus des compétitions internationales parce qu’un chef d’État avait posé la main sur le bureau d’un président de fédération. Aujourd’hui, face à la puissance économique et géopolitique américaine, l’organisation se tait. Ce deux poids deux mesures est une gifle adressée à tous ceux qui croyaient encore que le football pouvait transcender la politique.

Pour autant, il serait intellectuellement malhonnête de condamner définitivement ce Mondial avant même que la première balle roule. L’histoire nous offre de sombres précédents : le Mondial 1934 sous Mussolini, vitrine du fascisme italien, ou celui de 1978 en Argentine sous la dictature de Videla. Ces éditions sont restées dans les mémoires comme des taches indélébiles malgré la qualité sportive des compétitions. La question est donc de savoir si 2026 s’inscrira dans cette généalogie honteuse ou si le football, par sa puissance propre, réussira à s’imposer malgré le contexte toxique.

Le potentiel sportif de ce tournoi est réel et indéniable. Quarante-huit équipes participantes, des stades colossaux, une vitrine médiatique mondiale absolument titanesque : les ingrédients d’un spectacle footballistique d’exception sont bel et bien réunis. Mais un grand spectacle construit sur des fondations éthiques fissurées ne reste qu’une belle façade dissimulant une structure vermoulue. Et cette Coupe du monde 2026 ressemble dangereusement à cela : grandiose en apparence, profondément trouble en profondeur.

La vraie question qui restera ouverte bien après le coup de sifflet final est peut-être celle-ci : jusqu’où le football acceptera-t-il de se laisser utiliser comme caution politique avant de perdre définitivement son âme ?


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