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Le retour le plus improbable de la décennie vient enfin de se confirmer

Il y a des franchises qu’on croit mortes, enterrées sous l’indifférence du box-office ou la lassitude du public, et qui ressurgissent comme si de rien n’était, le sourire en coin. Douze ans. C’est le temps qu’il a fallu pour que l’une des comédies d’action les plus cultes des années 2010 accepte enfin de remettre le couvert. Et ce n’est clairement pas pour faire semblant.

Car 21 Jump Street et sa suite 22 Jump Street avaient réussi quelque chose d’assez rare : prendre une franchise télévisuelle poussiéreuse des années 80, la dynamiter de l’intérieur avec une auto-dérision totale, et en faire deux films qui se moquaient joyeusement d’eux-mêmes tout en encaissant des centaines de millions de dollars au box-office mondial. Le duo Jonah Hill et Channing Tatum fonctionnait précisément parce qu’il n’essayait pas d’être cool. C’était là tout le génie de la chose.

Alors quand l’annonce tombe que la suite s’intitulera 24 Jump Street (en sautant délibérément le numéro 23, dans la droite lignée de l’humour méta de la saga), on ne peut s’empêcher de sourire. Le titre lui-même est une blague, et c’est exactement ce qu’on attendait. Ce type de franchise ne peut survivre qu’en assumant pleinement son propre ridicule, en faisant du gag sur sa propre existence un ressort narratif à part entière.

« La suite la plus attendue que personne n’attendait vraiment, et c’est précisément pour ça qu’elle pourrait être brillante. »

Mais l’enthousiasme doit rester tempéré par une question légitime : douze ans, c’est long. Le public qui s’est fendu la poire en 2014 a vieilli, les références ont changé, et la comédie américaine grand public traverse une période de turbulences sérieuses. Les tentatives de ressusciter des franchises comiques des années 2000 ou 2010 ont souvent abouti à des résultats tiédasses, coincés entre la nostalgie creuse et l’incapacité à trouver un nouveau souffle.

Tout dépendra donc de l’écriture. Ce qui rendait les deux premiers films irrésistibles, c’était une conscience aiguë de leur propre absurdité, doublée d’une vraie générosité dans les gags. Si 24 Jump Street se contente de recycler les mêmes mécanismes en ajoutant une couche de références culturelles 2020-friendly pour sembler frais, ça sentira l’arnaque de loin. En revanche, si les scénaristes trouvent un angle vraiment nouveau pour pousser le concept encore plus loin dans le ridicule assumé, il y a matière à quelque chose de savoureux.

La configuration actuelle d’Hollywood, où les comédies pures peinent à trouver leur place face aux blockbusters en cape et collants, pourrait paradoxalement jouer en faveur de ce retour. Un film qui ne se prend pas au sérieux une seule seconde, porté par deux acteurs dont la complicité à l’écran était palpable, ça manque franchement. L’appétit du public pour ce type d’énergie légère est là, il attend juste qu’on lui tende quelque chose de sincèrement drôle.

Douze ans d’absence, un titre qui est déjà une punchline. La barre est posée exactement là où il faut.


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