Il y a quelque chose d’étrange, presque d’incongru, dans le fait qu’un sélectionneur soit obligé d’attendre une défaite pour sentir son public vraiment vibrer. C’est pourtant exactement ce qu’a vécu Mauricio Pochettino samedi soir à Chicago, lors du dernier match de préparation des États-Unis avant leur propre Coupe du Monde.
Battu 2-1 par l’Allemagne à Soldier Field, le technicien argentin n’en revenait pas moins de sortir presque ragaillardi. Pas par le score, évidemment, mais par l’atmosphère. Il a déclaré qu’il pouvait enfin ressentir cette excitation qu’il espérait depuis son arrivée en poste, comme si le grand public américain avait attendu la dernière minute pour réaliser que le tournoi planétaire allait se tenir dans son jardin.
« J’ai enfin senti l’excitation que j’attendais de la part des supporters américains. »
C’est là que le tableau devient franchement ambivalent. D’un côté, une euphorie populaire qui monte, des stades qui se remplissent, une nation qui commence à se projeter dans la compétition. De l’autre, une équipe qui perd son dernier test avant le coup d’envoi officiel, face à une sélection allemande solide mais loin d’être au sommet de sa forme. On peut se réjouir de l’engouement, mais on ne peut pas faire semblant que le résultat sportif est anecdotique.
Le contexte hors terrain ne simplifie pas les choses non plus. L’affaire des visas refusés aux officiels iraniens empoisonne déjà l’ambiance diplomatique autour du tournoi, avec la fédération iranienne qui accuse ouvertement Washington de « comportement vindicatif ». La FIFA est coincée entre ses obligations d’organisateur neutre et les réalités géopolitiques d’un pays hôte aux relations internationales particulièrement tendues en ce moment. Cette Coupe du Monde 2026 ne sera décidément pas qu’un événement sportif.
Revenons à Pochettino et à ses Américains. L’entraîneur a construit depuis deux ans une équipe résiliente, jeune, avec un pressing haut et une identité de jeu reconnaissable. Mais la profondeur de banc reste un sujet d’inquiétude réel, et affronter des adversaires de niveau mondial dans un tournoi à élimination directe, c’est une autre dimension que des matchs amicaux. L’engouement populaire peut porter une équipe, le souffle de 80 000 supporters dans un MetLife Stadium peut faire des miracles, mais il ne remplace pas la qualité technique dans les moments décisifs.
Ce qui est certain, c’est que si les États-Unis franchissent les tours préliminaires, l’hystérie collective va atteindre des proportions inédites pour le soccer américain. Et c’est précisément là que réside l’enjeu réel de ce tournoi pour le pays hôte : transformer un enthousiasme de façade en passion durable pour le football. Pochettino est peut-être en train d’assister à la naissance de quelque chose de plus grand que lui. Ou à un feu de paille géant. La réponse arrive dans quelques jours.
En savoir plus sur Glorieux Geek
Subscribe to get the latest posts sent to your email.
