La gauche française a un talent particulier pour transformer ses espoirs en défaites avant même le premier tour. Le week-end dernier en a fourni une nouvelle démonstration, presque clinique dans sa précision.
Clémentine Autain a annoncé samedi qu’elle renonçait à toute candidature à la présidentielle de 2027, prenant acte de l’effondrement du projet de « primaire unitaire ». La cause directe : la décision des militants socialistes de réserver leur primaire aux seuls membres du PS et des partis qui lui sont proches, à commencer par Place publique de Raphaël Glucksmann. En clair, le PS a choisi de refermer la porte sur les Insoumis et les Écologistes dissidents, entérinant une fracture que beaucoup pressentaient depuis des mois.
Le paradoxe est vertigineux. La gauche dispose aujourd’hui d’un socle électoral suffisant pour peser lourd au second tour, peut-être même pour y accéder, mais elle s’obstine à organiser elle-même sa dispersion. Chaque camp brandit la bannière de l’unité tout en posant des conditions qui la rendent impossible. Le PS veut une primaire à ses conditions. LFI refuse de soumettre Mélenchon à un tel exercice. Les Écologistes naviguent entre les deux. Et les figures intermédiaires comme Autain se retrouvent sans espace, ni droite ni gauche du spectre interne.
« La primaire unitaire est morte, et personne ne veut signer le certificat de décès. »
Ce qui se joue ici dépasse la simple querelle de procédure. C’est une bataille pour définir quelle gauche sera « légitime » à incarner le bloc progressiste face à ce qui s’annonce comme un duel entre un candidat macroniste ou centriste et Marine Le Pen ou son successeur. Le PS, revigoré par les scores de Glucksmann aux européennes de 2024, estime avoir regagné une crédibilité gouvernementale que LFI lui conteste frontalement. La méfiance est réciproque, ancienne, et pour l’instant aucun agenda électoral ne suffit à la dissoudre.
À dix mois du scrutin, Eric Lombard, ancien ministre de l’économie, alertait dans Le Monde sur le fait que la France verse désormais plus en intérêts à ses créanciers qu’elle n’investit dans la formation de sa jeunesse. Un chiffre qui devrait structurer toute campagne sérieuse à gauche comme ailleurs. Mais pendant que la dette dévore les marges de manœuvre réelles, le débat interne à la gauche tourne autour des règlements de primaire.
Le retrait d’Autain n’est pas anecdotique : il symbolise l’élimination progressive de tout ce qui tentait de construire un pont entre les familles. Ce qui reste, c’est deux blocs qui se regardent en chiens de faïence, chacun convaincu que l’autre est la véritable cause des défaites passées. Avec, en toile de fond, une présidentielle où le morcellement à gauche a historiquement profité à la droite et à l’extrême droite.
La question qui mérite d’être posée franchement : est-ce que l’une de ces forces a réellement envie de gagner en 2027, ou seulement de peser assez fort pour dicter ses conditions dans une future coalition qu’elle ne dirigerait pas ? Parce que si l’objectif est de gouverner, le chemin actuel n’y mène pas.
En savoir plus sur Glorieux Geek
Subscribe to get the latest posts sent to your email.

