Politique & Economie

Caméras algorithmiques : la surveillance s’installe pour de bon

Souriez, vous êtes analysés. Les députés français viennent de voter l’extension de l’expérimentation des caméras algorithmiques jusqu’à la fin 2030, et la nouvelle mérite qu’on s’y arrête plus d’une seconde.

Ces dispositifs, déployés dans les transports, les stades et lors d’événements publics, ne se contentent pas de filmer : ils analysent en temps réel les comportements, détectent des situations jugées « anormales », alertent automatiquement les forces de l’ordre. La frontière avec la surveillance biométrique de masse reste floue, et c’est précisément là que le bât blesse.

Le bilan de la phase pilote, initiée notamment autour des Jeux olympiques de Paris 2024, est qualifié de « mitigé » par la gauche qui s’est opposée au texte. Traduction : on n’a pas de preuves solides que ça fonctionne vraiment, mais on prolonge quand même, et on étend même le périmètre. La logique sécuritaire a ses propres règles : l’outil crée son propre besoin, indépendamment de son efficacité démontrée.

Ce qui est frappant, c’est la géométrie politique du débat. La gauche a attaqué le dispositif sur le terrain des libertés fondamentales, un argument cohérent et légitime. Le RN, lui, a tenté non pas de supprimer l’extension, mais seulement de la limiter à certains lieux, sans succès. Le consensus pour pérenniser la surveillance algorithmique est donc large, centriste et confortable.

“Un bilan mitigé des expérimentations” : rarement formule aussi prudente n’aura servi à justifier une extension aussi massive d’un dispositif intrusif.

La vraie question que personne ne pose vraiment est celle du modèle de société que l’on construit par petites touches successives. Chaque expérimentation devient la norme, chaque prolongation normalise un peu plus la présence d’une intelligence artificielle dans l’espace public qui surveille, classe et signale les comportements humains. Le QR code obligatoire pour assister au défilé du 14-Juillet, validé cette semaine également, s’inscrit dans la même logique : traçabilité d’abord, liberté de circulation ensuite.

On peut comprendre les impératifs de sécurité dans un contexte de menaces réelles. Mais la pente est glissante quand l’évaluation rigoureuse des résultats cède la place à la foi dans la technologie. Aucune étude d’impact publique n’a démontré que ces caméras algorithmiques ont prévenu des attentats, réduit la criminalité ou justifié leur coût. On prolonge sur la base d’une intuition sécuritaire, pas d’une démonstration.

D’ici 2030, la France aura donc vécu six années supplémentaires d’expérimentation permanente dans ses gares, ses stades et ses rues. À quel moment l’expérimentation cesse-t-elle d’en être une pour devenir simplement la réalité ordinaire ? La réponse, visiblement, ne préoccupe pas grand monde dans l’hémicycle.


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Rédacteur passionné de culture geek, gaming, sport et actualité. Fondateur de Glorieux Geek, le site d'actu geek en français.

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