Michael Burry avait vu venir 2008 avant tout le monde. Quand cet homme-là agite à nouveau le drapeau rouge, on aurait tort de regarder ailleurs.
Depuis plusieurs mois, le financier américain célèbre pour avoir anticipé la crise des subprimes alerte sur ce qu’il perçoit comme une surchauffe boursière autour de l’intelligence artificielle. Sa cible n’est pas l’IA en tant que technologie, mais la manière dont les marchés valorisent tout ce qui gravite autour d’elle, y compris des acteurs bien éloignés du cœur de l’innovation. L’image qu’il utilise est parlante : pendant la ruée vers l’or californienne, ce ne sont pas les chercheurs d’or qui se sont le plus enrichis, mais les vendeurs de pioches. Aujourd’hui, certaines entreprises qui fournissent simplement l’infrastructure ou les outils de l’IA sont portées aux nues par Wall Street, sans que leurs fondamentaux justifient nécessairement de telles valorisations.
La question qui se pose alors est vertigineuse : est-on en train de revivre le scénario de la bulle internet de 2000, habillé en habits neufs pour l’ère de ChatGPT et des GPU ?
L’analogie a ses limites, et il serait malhonnête de la pousser trop loin. L’IA générative produit des effets concrets et mesurables sur la productivité dans de nombreux secteurs. Les géants qui investissent des dizaines de milliards de dollars dans les centres de données ne le font pas pour rien. Mais c’est précisément là que le débat devient intéressant : entre une technologie réellement transformatrice et une valorisation boursière qui anticipe des décennies de profits futurs, l’écart peut devenir abyssal.
« Le fait qu’un vendeur de pioches soit porté aux nues est-il le signal que la ruée vers l’or de l’IA est devenue irrationnelle ? »
Ce que Burry pointe, c’est moins l’IA elle-même que la psychologie collective des marchés. Les investisseurs, pris dans un momentum euphorique, ont tendance à oublier que même les révolutions technologiques authentiques peuvent produire de mauvais investissements si l’on entre au mauvais moment et au mauvais prix. La bulle internet n’a pas invalidé Internet. Elle a simplement détruit des portefeuilles qui avaient parié sur les mauvais acteurs ou à des niveaux de valorisation intenables.
Le risque concret aujourd’hui est double. D’un côté, une correction sectorielle qui viendrait punir les valorisations les plus spéculatives, sans nécessairement toucher les entreprises aux fondamentaux solides. De l’autre, un effet de contagion plus large si les indices boursiers, dont la pondération est désormais massivement concentrée sur une poignée de valeurs technologiques, venaient à décrocher simultanément.
Pour les investisseurs ordinaires, l’avertissement de Burry mérite d’être pris au sérieux, non pas comme une prophétie de catastrophe imminente, mais comme un rappel salutaire : les révolutions ne dispensent pas de faire les calculs. Les pioches font des étincelles, pas nécessairement des fortunes.
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