Tech & Crypto

Quand la crypto devient une cible sur le dos

Il y a quelque chose d’inconfortable dans cette actualité qui revient en boucle depuis quelques mois : des gens se font enlever, séquestrer, parfois torturer, uniquement parce qu’on les sait détenteurs de cryptomonnaies. Ce n’est plus une anecdote. C’est une tendance lourde, et l’affaire de Mulhouse en est la dernière illustration glaçante.

Le 22 mai dernier, un entrepreneur lié au monde des cryptos est enlevé dans la ville alsacienne. Quatre hommes viennent d’être mis en examen dans le cadre de cette affaire. Pas des hackers sophistiqués, pas des pirates informatiques opérant depuis l’ombre d’un serveur distant : des individus qui ont décidé que la manière la plus simple de s’approprier une fortune numérique, c’était de s’en prendre physiquement à son propriétaire. Bienvenue dans la face sombre du bull market.

Parce que c’est exactement ce que révèle cette vague de violences : la visibilité croissante des détenteurs de crypto dans l’espace public crée mécaniquement une nouvelle catégorie de cibles. Entre les réseaux sociaux où certains affichent leurs gains, les cercles d’investisseurs qui ne restent pas aussi discrets qu’ils le devraient, et la réputation (parfois fantasmée, parfois réelle) de fortunes liquides stockées sur un simple hardware wallet, le profil de l’entrepreneur crypto est devenu attractif pour une criminalité très ordinaire.

« Les criminels n’ont pas besoin de comprendre la blockchain pour comprendre qu’un cold wallet peut valoir une villa. »

Ce qui est frappant dans cette affaire mulhousienne, c’est sa banalité criminelle. On n’est pas face à une cyberattaque élaborée ou à une faille de protocole. On est face à du kidnapping à l’ancienne, avec toute la brutalité que ça implique. Et c’est précisément là que le discours ambiant sur la crypto comme outil d’émancipation financière montre ses angles morts les plus dangereux.

Les promoteurs les plus enthousiastes du secteur vendent souvent l’idée d’une richesse souveraine, hors du système, incontraignable. Ce qu’ils omettent, c’est que cette souveraineté a une contrepartie physique : si ta banque se fait dévaliser, tu n’es pas sur le siège du chauffeur. Si ton wallet se fait extorquer sous la contrainte, c’est une tout autre histoire. La décentralisation protège des États et des banques, pas des hommes armés dans un parking.

On peut bien sûr saluer le travail judiciaire qui suit : la mise en examen rapide des quatre suspects est un signal positif envoyé par les autorités françaises. Mais la vraie question qui se pose à l’ensemble de la communauté crypto est celle de la discrétion. Dans un secteur qui a longtemps cultivé la culture du flex et de la success story publique, la sécurité opérationnelle (ce que les anglophones appellent l’OpSec) reste un parent pauvre dramatiquement sous-estimé.

À mesure que Bitcoin et les cryptomonnaies s’installent dans le patrimoine réel des ménages, la criminalité qui tourne autour va se sophistiquer et se diversifier. Mulhouse n’est probablement pas une exception : c’est peut-être un avant-goût.


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