Il y a des partis qui traversent les décennies comme des fantômes de leur propre gloire, présents sur les bulletins de vote sans vraiment peser sur le destin collectif. Et puis il y a ces moments rares où la question existentielle remonte à la surface avec une brutalité presque rafraîchissante : existe-t-on encore pour quelque chose, ou juste pour ne pas disparaître ?
Ce week-end des 6 et 7 juin 2026, les adhérents du Parti communiste français se retrouvent pour choisir leur texte d’orientation politique. En apparence, c’est la routine congréssiste habituelle, avec ses amendements, ses tribunes et ses mains levées. En réalité, c’est une question qui tient en dix mots : Fabien Roussel doit-il se présenter à la présidentielle de 2027, seul, sans alliance, sans filet ?
La dernière fois qu’il l’a fait, en 2022, Roussel avait récolté 2,3 % des voix. Pas de quoi pavaner, mais suffisamment pour exister médiatiquement, pour imposer un ton, pour parler de travail, de plaisir d’être français, de bifsteak et de vin rouge, au grand scandale d’une partie de la gauche qui préférait le sac à dos et le véganisme militant. La stratégie avait un mérite indéniable : elle donnait au PCF un visage identifiable dans un paysage de gauche dominé par la force de frappe de Jean-Luc Mélenchon.
Mais 2027, c’est une autre configuration. La gauche se cherche une candidature commune, les rapports de forces se recomposent, et l’utilité d’une candidature autonome communiste se pose avec une acuité nouvelle. Aller seul, c’est risquer de tomber sous le seuil de remboursement des frais de campagne et de signifier que le PCF préfère son existence symbolique à l’efficacité politique. Rejoindre une coalition, c’est risquer de se diluer définitivement dans un ensemble où la marque communiste disparaît.
« Les adhérents doivent choisir le texte d’orientation politique, les 6 et 7 juin. »
Ce dilemme n’est pas propre aux communistes français. C’est le dilemme de toute force historique qui a survécu à l’effondrement de son horizon idéologique originel. La chute du mur de Berlin n’a pas tué le PCF, mais elle a transformé sa raison d’être en une question ouverte à laquelle chaque congrès apporte une réponse provisoire. Roussel, lui, a choisi une ligne populaire et sociale-patriote qui tranche avec l’orthodoxie de la gauche radicale, ce qui lui vaut autant d’admirateurs que d’ennemis internes.
Le vrai pari de ce congrès n’est donc pas seulement stratégique, il est identitaire. Est-ce que le PCF veut encore exister comme force autonome avec une offre politique distincte, quitte à peser peu ? Ou accepte-t-il de se fondre dans un bloc de gauche plus large pour peser davantage, au risque de ne plus se reconnaître dans le miroir ? Les deux options ont leur cohérence. Aucune n’est sans danger. Et c’est précisément ce qui rend ce choix politiquement fascinant, à dix-huit mois d’une présidentielle qui s’annonce déjà comme un champ de mines pour tout le monde.
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