Il y a quelque chose de presque comique dans ce tableau politique français de juin 2026 : d’un côté, la gauche organise méthodiquement sa propre désintégration autour d’une primaire à double détente ; de l’autre, la droite sénatoriale réclame 50 milliards d’euros supplémentaires pour la défense tout en sachant pertinemment que la facture est injustifiable. Et pendant ce temps, Zemmour reprend sa casquette de candidat putatif comme on enfile un vieux manteau. La politique française tourne en rond, mais avec une énergie remarquable.
Commençons par le morceau le plus savoureux de la semaine. Olivier Faure a eu l’idée géniale de proposer une primaire « en deux temps » pour la présidentielle 2027 : d’abord une compétition entre le PS, Place publique et les sympathisants sociaux-démocrates, puis une grande primaire de la gauche. Sur le papier, ça ressemble à de la démocratie participative bien huilée. Dans les faits, c’est un mécanisme que Raphaël Glucksmann a immédiatement rejeté, et qui a déclenché une nouvelle vague de tensions internes au PS. Le premier secrétaire voulait probablement consolider sa position, il a surtout confirmé que son parti reste une machine à produire des dissensions. La gauche, quand elle ne perd pas les élections, s’occupe à perdre du temps.
La question qui se pose vraiment n’est pas de savoir qui sera le candidat de la gauche en 2027, mais si cette gauche-là est encore capable d’exister comme force cohérente face à un électorat qui attend autre chose que des querelles de chapelle.
« Une primaire en deux temps » : quand la mécanique démocratique devient un labyrinthe dont personne ne connaît la sortie.
Du côté du Sénat, le spectacle est différent mais tout aussi révélateur. Les sénateurs LR ont rejeté l’article central de la loi de programmation militaire, réclamant une hausse de 50 milliards d’euros que la ministre des Armées Catherine Vautrin juge impossible à financer. Le paradoxe est saisissant : tout le monde partage le même diagnostic sur les menaces pesant sur la France, et pourtant le texte se retrouve bloqué sur une surenchère budgétaire. La droite sénatoriale affiche ici moins un projet sérieux qu’une posture, un positionnement pour 2027 autant qu’une conviction réelle sur le financement de la défense nationale. Quand la politique étrangère devient un enjeu de communication interne, c’est le pays entier qui y perd.
Et puis il y a Zemmour. Selon Le Monde, il reprend tout simplement sa place de candidat putatif à la présidentielle, la parenthèse Sarah Knafo refermée après un score en demi-teinte aux municipales parisiennes. Reconquête reviendra donc à son schéma originel : le fondateur comme figure centrale, les thèmes identitaires comme carburant, 2027 comme horizon. On peut débattre de la pertinence de cette stratégie après les résultats décevants du mouvement, mais la mécanique est lisible, cohérente avec l’ADN du parti. Ce qui tranche avec le chaos ambiant des autres formations.
La vraie question pour les dix-huit mois qui viennent n’est peut-être pas de savoir qui émergera de ces turbulences, mais si l’un de ces acteurs est capable de surprendre vraiment.
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