Tout le monde était convaincu de tenir la vérité. Et si cette certitude collective n’était qu’une belle légende urbaine du cinéma français ? Depuis 31 ans, une question obsède les cinéphiles : Vincent Cassel s’est-il inspiré du légendaire « You talkin’ to me? » de Robert De Niro dans Taxi Driver pour cette scène face au miroir dans La Haine, devenue l’une des plus cultes du cinéma hexagonal ?
La réponse de Cassel est nette, presque agacée par la répétition de la question : non. L’acteur affirme que la référence n’est pas De Niro, et que les gens refusent tout simplement de le croire. Ce déni persistant du public en dit long sur notre rapport aux mythes cinématographiques. On préfère la belle histoire qui relie les générations, la filiation évidente entre un jeune acteur français et un monument hollywoodien, plutôt que la vérité plus complexe et peut-être moins romanesque.
« Les gens ne me croient pas » : Vincent Cassel, 31 ans après la sortie de La Haine.
Ce qui est fascinant ici, c’est le mécanisme même de la mémoire collective autour du cinéma. Une scène suffisamment forte finit par générer sa propre mythologie, indépendante des intentions de ses créateurs. Mathieu Kassovitz et Cassel ont construit quelque chose qui a échappé à leurs mains dès la sortie en salles, en 1995. Trente et un ans plus tard, la scène appartient davantage au public qu’à ceux qui l’ont filmée.
La vraie question, finalement, est ailleurs : est-ce que cela change quoi que ce soit à la puissance du moment ? Probablement pas. Mais cette révélation tardive rappelle qu’une œuvre vit sa propre vie, parfois contre la volonté même de ses auteurs. Et c’est peut-être ça, le signe ultime d’un film vraiment grand.
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