Finance

Euronext veut fusionner avec Deutsche Börse : la Bourse européenne unifiée, mythe ou réalité ?

Unifier les places boursières d’Europe sous un seul toit : l’idée revient régulièrement depuis des décennies, comme une promesse jamais tout à fait tenue. Cette fois, c’est le patron d’Euronext qui relance le débat en plaidant publiquement pour un rapprochement avec Deutsche Börse, le grand opérateur boursier allemand. Une déclaration audacieuse, formulée alors que l’Europe cherche désespérément à consolider ses marchés financiers face à la domination américaine. Mais derrière l’ambition affichée, les experts sont loin d’être convaincus que cette fusion résoudrait le problème structurel qu’elle prétend attaquer.

Qu’est-ce qu’Euronext propose exactement ?

Euronext est déjà la principale plateforme boursière paneuropéenne : elle opère les Bourses de Paris, Amsterdam, Bruxelles, Lisbonne, Dublin, Milan et Oslo. Son dirigeant a récemment exprimé publiquement sa volonté de se rapprocher de Deutsche Börse, l’opérateur qui gère la Bourse de Francfort et plusieurs infrastructures financières majeures comme Clearstream, l’un des plus grands dépositaires centraux de titres en Europe. Ce rapprochement créerait une entité d’une taille sans précédent sur le Vieux Continent, susceptible de peser davantage face aux géants américains comme le New York Stock Exchange ou le Nasdaq.

Cette sortie publique intervient dans un contexte particulier : l’Union européenne pousse depuis plusieurs années son projet d’Union des marchés de capitaux, censé faciliter les flux d’investissements transfrontaliers et donner aux entreprises européennes un accès plus simple aux financements. La fusion de deux poids lourds boursiers semblerait, en apparence, aller dans ce sens.

Pourquoi cette fusion ne réglerait pas le problème de fond ?

C’est là que les analystes tempèrent l’enthousiasme. Selon la chroniqueuse économique Isabelle Chaperon, qui décortique cette déclaration, « l’arrimage de Francfort aux autres Bourses européennes ne réduirait pas la fragmentation des marchés du Vieux Continent ». En clair : regrouper deux opérateurs boursiers sous un même chapeau ne suffit pas à unifier des marchés financiers qui restent profondément morcelés par des cadres juridiques, fiscaux et réglementaires nationaux différents.

La fragmentation européenne ne tient pas à l’absence d’un acteur boursier dominant. Elle tient à des obstacles bien plus structurels :

  • Des régimes fiscaux sur les revenus financiers qui varient du simple au double selon les pays membres.
  • Des droits des actionnaires et des règles de gouvernance d’entreprise qui divergent selon les législations nationales.
  • Des marchés de la dette et des produits dérivés qui restent largement cloisonnés par pays.
  • L’absence d’un véritable produit d’épargne européen unifié, capable de canaliser l’épargne des ménages vers les entreprises du continent.

Autrement dit, fusionner deux tuyaux ne suffit pas si les règles qui régissent ce qui circule dedans restent incompatibles.

Quels précédents existent et pourquoi ont-ils échoué ?

Ce n’est pas la première fois que l’on évoque un mariage entre Euronext et Deutsche Börse. Une tentative de fusion avait déjà été bloquée par la Commission européenne en 2012, au motif que le rapprochement aurait créé une position dominante inacceptable sur le marché européen des produits dérivés. Plus récemment, la Bourse de Londres avait envisagé un rapprochement similaire, également avorté. Ces échecs répétés illustrent une tension permanente : la logique industrielle de consolidation se heurte aux préoccupations de concurrence et aux réticences politiques nationales, chaque pays rechignant à voir sa place financière phagocytée par un voisin.

Deutsche Börse elle-même est une infrastructure critique pour l’Allemagne, pays qui a toujours été jaloux de son indépendance financière. Imaginer Berlin accepter de diluer le contrôle de Francfort dans un ensemble dominé par Paris relève, pour l’heure, davantage du voeu pieux que du projet concret.

Qu’est-ce que cela révèle sur l’état de l’Europe financière ?

La déclaration du patron d’Euronext, aussi audacieuse soit-elle, pose une vraie question de fond : l’Europe dispose-t-elle des instruments financiers à la hauteur de ses ambitions économiques ? La réponse, pour l’instant, est clairement non. Les entreprises européennes levaient en 2024 environ cinq fois moins de capitaux sur les marchés que leurs homologues américaines, un écart qui se ressent directement sur leur capacité à financer la recherche, la croissance et les transitions industrielles.

Quelles incertitudes subsistent sur ce dossier ?

À retenir

  • Projet de fusion : le patron d’Euronext propose un rapprochement avec Deutsche Börse pour créer un champion boursier européen.
  • Fragmentation persistante : selon les analystes, une telle fusion ne suffirait pas à réduire l’éclatement des marchés de capitaux européens.
  • Enjeu stratégique : l’Europe financière peine à rivaliser avec Wall Street, et la question de son unification est au cœur des débats depuis l’Union des marchés de capitaux.

Ce qui est certain, c’est que le débat sur l’intégration financière européenne ne se résoudra pas par une annonce de fusion, aussi symbolique soit-elle. Tant que la fiscalité de l’épargne, les droits des investisseurs et les règles de supervision ne seront pas harmonisés à l’échelle continentale, les marchés européens resteront un archipel plutôt qu’un continent unifié. La bonne volonté des opérateurs boursiers ne peut pas compenser dix ans de timidité politique sur ce sujet.


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Rédacteur passionné de culture geek, gaming, sport et actualité. Fondateur de Glorieux Geek, le site d'actu geek en français.

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