Une avocate de 50 ans, ancienne maire de Marrakech et ministre de l’Habitat, vient de franchir une barrière symbolique vieille de plusieurs décennies : Fatima Ezzahra El Mansouri est la première femme nommée cheffe du gouvernement dans l’histoire du Maroc, par décision royale du 29 septembre 2026. Le verdict est net, le symbole puissant. Il s’accompagne pourtant d’un contexte politique délicat, entre fragmentation parlementaire et désaffection électorale préoccupante.
Ce qui distingue El Mansouri d’une nomination purement protocolaire, c’est la solidité d’un itinéraire forgé sur vingt ans de terrain. Élue maire de Marrakech en 2009 à seulement 33 ans, elle est à l’époque la première femme à diriger la ville. Battue en 2015, elle reconquiert le poste en 2021, preuve d’une résilience politique rare. Entre-temps, elle siège au Parlement dès 2011 et est ministre de l’Habitat dans le gouvernement Akhannouch. Elle est coordinatrice nationale du Parti Authenticité et Modernité (PAM).
Dans son adresse télévisée, El Mansouri a déclaré : « Pour la première fois dans l’histoire de notre pays, une femme prend la responsabilité de diriger le gouvernement. C’est une source de fierté, non seulement pour moi, mais pour toutes les femmes marocaines. »
« Cette nomination est véritablement historique. », Fatima Ezzahra El Mansouri, dans son discours du 29 septembre 2026.
Il convient toutefois de préciser un point que certaines publications ont brouillé : El Mansouri est la première femme cheffe de gouvernement au Maroc, pas dans le monde arabe. La Tunisienne Najla Bouden l’avait précédée dès octobre 2021, suivie de Sarra Zaafrani Zenzri. Cette correction factuelle n’enlève rien à l’importance historique de la nomination marocaine, mais elle évite une confusion qui s’est propagée sur les réseaux sociaux dans les heures suivant l’annonce.
Ce qui convainc
Ce qui interroge
Les résultats du 23 septembre 2026 révèlent un PAM en tête avec 97 sièges, devant le RNI (66), l’Istiqlal (65) et le PJD (54). Mais la chambre des représentants compte 395 sièges, et la barre des 198 pour gouverner est loin d’être franchie par un seul parti. La reconduction de la coalition sortante PAM-RNI-Istiqlal est l’un des scénarios évoqués : à eux trois, ces partis cumulent 228 sièges, soit une majorité confortable. Les négociations se poursuivaient encore le 6 octobre sans qu’un gouvernement soit annoncé.
Derrière ces chiffres se cache une réalité plus sombre : le taux de participation a chuté à 38,08 %, l’un des plus bas depuis une vingtaine d’années. Les observateurs y lisent une défiance envers la classe politique, combinée à des préoccupations sociales réelles, chômage et inégalités en tête. Le retour relatif du PJD (54 sièges après sa déroute de 2021) montre également que la concurrence reste vive.
Sur le plan institutionnel, la nomination d’El Mansouri s’inscrit dans le cadre strict de l’article 47 de la Constitution marocaine : c’est le roi qui nomme le chef du gouvernement à l’issue des élections. La nouveauté tient au profil de la personne choisie, et non à une réforme du système. Le Maroc confirme ainsi une trajectoire d’ouverture progressive, cohérente avec les efforts de diversification économique et de modernisation sociale portés depuis plusieurs années.
La véritable épreuve pour El Mansouri sera double : d’abord boucler une coalition stable qui ne laisse pas son gouvernement otage des équilibres internes, ensuite reconnecter les institutions avec une population qui s’en détourne massivement. Le symbole de la première cheffe du gouvernement peut contribuer à restaurer une confiance, à condition que l’action concrète suive. Sans coalition solide, l’historique de la nomination risque de rester un titre de presse sans lendemain gouvernemental.
À retenir
Cette nomination intéressera avant tout ceux qui suivent les évolutions institutionnelles du Maroc et les dynamiques politiques du monde arabe. Pour qui espère un tournant social rapide, les signaux sont plus mitigés : une participation en berne et des négociations de coalition qui s’étirent rappellent que les symboles, aussi forts soient-ils, ne gouvernent pas à la place des majorités parlementaires.
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