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Dofus au baccalauréat : quand Ankama et son MMORPG envahissent l’examen le plus sérieux de France

Imaginez la scène : des milliers de lycéens, stylo en main, qui retournent leur sujet du baccalauréat et tombent sur un dossier de quatre heures consacré à… Dofus. C’est exactement ce qui s’est produit en mars 2023, lors d’une épreuve de spécialité Sciences de gestion et numérique. Le MMORPG d’Ankama, né à Roubaix en 2004, s’est retrouvé au cœur d’un cas d’étude officiel, au même titre qu’une multinationale ou un groupe industriel. Un événement qui mérite qu’on s’y attarde, parce qu’il dit quelque chose d’important sur la place que le jeu vidéo a fini par conquérir dans la société française.

À retenir

  • Épreuve officielle : Dofus et Ankama ont servi de cas d’étude au baccalauréat français en mars 2023, pour une épreuve de quatre heures.
  • Studio français emblématique : Ankama, basé à Roubaix, est l’un des rares studios hexagonaux à avoir bâti un MMORPG de portée mondiale depuis 2004.
  • Légitimité culturelle : l’irruption du jeu vidéo dans un examen national illustre une reconnaissance institutionnelle longtemps attendue par le secteur.

Une épreuve de bac qui a pris tout le monde par surprise

Mars 2023. Des lycéens en filière STMG (Sciences et Technologies du Management et de la Gestion) ouvrent leur sujet et découvrent un dossier documentaire centré sur Ankama et son univers du Krosmoz. Au programme : modèle économique freemium, communauté de joueurs, stratégie de diversification vers l’animation et le jeu de cartes. Quatre heures à disséquer un MMORPG sous l’angle de la gestion d’entreprise, dans un cadre institutionnel aussi sérieux que le baccalauréat. Pour toute une génération de joueurs devenus lycéens, ce fut un moment à la fois surréaliste et profondément satisfaisant.

Ce n’est pas un hasard si c’est Ankama qui a atterri dans ce sujet. Le studio roubaisien présente toutes les caractéristiques d’un cas d’école idéal : une entreprise française indépendante, une trajectoire atypique depuis ses débuts modestes dans le Nord, une capacité à multiplier les formats (jeu vidéo, série animée, jeu de société, jeu de cartes) et un modèle économique qui a évolué au fil des années. Sur le papier, c’est du matériau pédagogique en or.

Ankama, un studio qui construit depuis vingt ans

Pour comprendre pourquoi Dofus méritait cette place dans un examen national, il faut revenir sur ce qu’Ankama a réellement accompli. Fondé en 2001 et lancé véritablement avec Dofus en 2004, le studio a construit un univers cohérent baptisé le Krosmoz, qui englobe aujourd’hui Dofus, Wakfu, la série animée éponyme diffusée sur France 4, et même des jeux de cartes physiques. À son pic de popularité, Dofus comptait plusieurs millions de comptes actifs, une performance remarquable pour un studio qui n’avait ni le budget ni la notoriété des géants américains ou coréens du secteur.

Ce qui distingue Ankama dans le paysage du MMORPG, c’est précisément cette capacité à construire une cohérence transmédiatique sans perdre son identité visuelle très marquée. Le trait cartoonesque, les références à la culture française et à la fantasy décalée, la tonalité humoristique : tout cela forme un écosystème reconnaissable entre mille, qui a fidélisé des joueurs sur plusieurs générations.

« Dofus, c’est avant tout une aventure humaine. On a construit quelque chose à Roubaix, dans le Nord, qui a touché des millions de personnes. C’est ça, la vraie réussite. »

La légitimité du jeu vidéo, enfin institutionnalisée

L’irruption de Dofus au baccalauréat n’est pas qu’une anecdote amusante. Elle symbolise un glissement culturel majeur : le jeu vidéo n’est plus perçu uniquement comme un loisir marginal ou une sous-culture à surveiller, mais comme un objet économique et social digne d’être étudié à l’école. Ce changement de regard, tardif au regard de l’importance industrielle du secteur (le jeu vidéo dépasse depuis longtemps le cinéma en chiffre d’affaires mondial), est néanmoins réel.

En France, le secteur du jeu vidéo représente plusieurs milliards d’euros de chiffre d’affaires annuel et emploie des dizaines de milliers de personnes. Que l’Éducation nationale choisisse un studio hexagonal pour illustrer ces réalités économiques auprès des lycéens, c’est une forme de reconnaissance que ni les lobbys ni les associations de défense du jeu vidéo n’auraient osé espérer aussi concrète.

On peut aussi lire cet événement comme un encouragement involontaire pour les futurs créateurs : des jeunes qui ont grandi avec Dofus ont vu, le temps d’une épreuve, que leur passion pouvait être matière à réflexion sérieuse. C’est le genre de signal qui compte.

Ce que cela augure pour Dofus et pour le secteur

Aujourd’hui, Ankama continue de faire évoluer Dofus avec des mises à jour régulières et travaille en parallèle sur plusieurs projets. Le studio reste l’une des rares entités françaises capables de maintenir un MMORPG vivant sur le long terme, face à des concurrents internationaux disposant de moyens sans commune mesure. La reconnaissance institutionnelle apportée par le baccalauréat 2023 ne change pas directement la trajectoire du jeu, mais elle renforce l’image de marque d’Ankama à un moment où le studio doit continuer à attirer de nouveaux joueurs tout en fidélisant sa base historique.

Plus largement, on peut espérer que cet épisode ouvre la voie à d’autres inclusions du jeu vidéo dans les programmes scolaires, non pas comme objet de méfiance mais comme terrain d’analyse économique, créative et sociologique. Le secteur le mérite depuis longtemps. Il aura fallu un MMORPG roubaisien pour que l’institution s’en rende compte.


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Rédacteur passionné de culture geek, gaming, sport et actualité. Fondateur de Glorieux Geek, le site d'actu geek en français.

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