Un samedi soir à Grenoble, des militants ont envahi la scène et mis fin brutalement à un concert. La cible : Barbara Butch, DJ et figure queer connue notamment pour son apparition remarquée à la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques de Paris. Les auteurs de l’interruption : des militants propalestiniens, parmi lesquels des membres identifiés de La France insoumise.
L’incident a immédiatement enflammé l’Assemblée nationale. Interpellée lors des questions au gouvernement ce mardi, la ministre Aurore Bergé, en charge de l’Égalité et de la Lutte contre les discriminations, n’a pas mâché ses mots. Elle a dénoncé frontalement le mouvement de Jean-Luc Mélenchon, pointant un schéma qu’elle juge désormais systématique : instrumentaliser des espaces culturels pour y imposer des mots d’ordre politiques.
« Bienvenue chez LFI, dans un monde où on a le goût des listes. »
Au-delà de la joute parlementaire, ce qui s’est passé à Grenoble mérite qu’on s’y attarde sérieusement. Interrompre de force un concert, c’est un acte concret, pas une opinion. C’est empêcher physiquement une artiste d’exercer son métier, devant un public venu pour elle. Peu importe la cause invoquée, cette méthode pose un problème démocratique réel : elle substitue la contrainte au débat.
Ce qui rend l’affaire politiquement explosive, c’est la présence revendiquée ou documentée de membres LFI parmi les perturbateurs. Un parti d’opposition qui se veut défenseur des droits et des libertés se retrouve associé à la censure physique d’une artiste queer. La contradiction est difficile à ignorer. LFI n’a pas encore formulé de condamnation claire de ces agissements, ce qui alimente précisément les critiques d’Aurore Bergé sur un prétendu double standard militant.
Il faut toutefois distinguer deux choses : critiquer des actes d’intimidation est légitime et nécessaire. Mais transformer cet incident en procès politique global contre un parti entier, comme le fait Bergé avec son appel à « rompre avec LFI », c’est aussi instrumentaliser l’événement à des fins électorales, à deux ans d’une présidentielle. Les deux camps jouent leur partition, pendant que Barbara Butch, elle, n’a tout simplement pas pu terminer son concert.
La vraie question posée par cette soirée grenobloise est ailleurs : jusqu’où certains militants sont-ils prêts à aller pour imposer leur agenda dans des espaces qui n’appartiennent à personne d’autre qu’au public présent ? Les espaces festifs et culturels ne sont pas des tribunes politiques à réquisitionner. Bilal Hassani le disait lui-même cette semaine dans une interview : « Nos espaces festifs sont en danger. » Il n’avait peut-être pas tort.
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