Politique & Economie

Trump sacrifie l’Utah sur l’autel du pétrole

Deux millions d’hectares de nature sauvage américaine viennent d’être offerts aux foreuses et aux pelleteuses. Donald Trump a signé des décrets réduisant radicalement le périmètre de deux monuments nationaux de l’Utah, le Bears Ears National Monument et le Grand Staircase-Escalante National Monument, ouvrant ainsi ces terres à l’exploitation minière et pétrolière.

Ce n’est pas la première fois. Lors de son premier mandat, Trump avait déjà tenté la même manœuvre sur ces deux sites emblématiques du Grand Ouest américain. Biden avait annulé ces réductions en 2021, restaurant la protection fédérale sur l’ensemble du territoire. Retour au pouvoir, Trump remet le couvert, avec apparemment encore moins de précautions rhétoriques qu’avant. Le cycle est vertigineux : une administration protège, l’autre détruit, la suivante restaure peut-être. Les paysages, eux, n’ont pas ce luxe de réversibilité.

L’argument économique est toujours le même : créer des emplois, assurer l’indépendance énergétique, libérer le potentiel des ressources nationales. Ce discours, rodé depuis des décennies, trouve encore preneur dans certaines parties de l’électorat républicain. Mais il masque une réalité plus brutale : ces monuments nationaux ne sont pas des zones vierges improductives. Ils représentent un patrimoine culturel et naturel irremplaçable, incluant des sites sacrés pour plusieurs nations amérindiennes.

Ces terres portent des millénaires d’histoire humaine, gravée dans la roche et les canyons. On ne fore pas dans un musée.

Le choix de l’Utah n’est pas anodin. C’est un État républicain, acquis, où la résistance politique locale sera limitée. Les recours juridiques viendront, comme ils sont venus lors du premier mandat, portés par des organisations environnementales et des tribus indigènes. Mais les procédures sont longues, et entre-temps, les permis d’exploitation peuvent être accordés.

Ce qui frappe, c’est la logique géopolitique sous-jacente. Trump a théorisé une doctrine énergétique offensive : inonder les marchés mondiaux d’hydrocarbures américains pour affaiblir les revenus pétroliers russes et exercer une pression sur l’OPEP. Chaque nouvelle zone ouverte à l’exploitation s’inscrit dans ce récit, même quand le prix environnemental est aussi élevé. C’est de la géopolitique par pelleteuse interposée.

La question qui reste ouverte est celle de la durabilité de ce modèle. Les investisseurs dans les énergies fossiles regardent désormais les horizons à trente ans, et beaucoup hedgent déjà vers le renouvelable. Ouvrir Bears Ears en 2026 pour extraire du pétrole dont la rentabilité dépend de cours volatiles, c’est peut-être moins un triomphe industriel qu’un pari risqué habillé en victoire idéologique. Les canyons de l’Utah, eux, seront toujours là pour témoigner du choix fait aujourd’hui.


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Rédacteur passionné de culture geek, gaming, sport et actualité. Fondateur de Glorieux Geek, le site d'actu geek en français.

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