Mercredi 8 juillet 2026, la cour d’appel de Paris a tranché : Vincent Bolloré et son groupe breton n’auront pas à lancer d’offre publique de retrait sur Vivendi. Une décision qui sonne comme un nouveau camouflet pour les actionnaires minoritaires, et qui relance une question fondamentale sur la protection des investisseurs dans les opérations de restructuration des grands conglomérats français.
Pour comprendre l’enjeu, un rappel s’impose. La scission de Vivendi en plusieurs entités cotées, bouclée fin 2024, avait semé le trouble dès le départ. Le fonds activiste CIAM, qui défend les intérêts des actionnaires minoritaires, estimait que cette opération avait mécaniquement fait franchir à Bolloré le seuil déclenchant l’obligation légale de déposer une OPR, permettant ainsi aux petits porteurs de sortir à un prix encadré. La cour d’appel a dit non, donnant raison au premier actionnaire de Vivendi. Le fonds annonce un pourvoi en cassation : le feuilleton judiciaire n’est donc pas terminé.
Ce qui frappe dans cette affaire, ce n’est pas tant la décision juridique en elle-même que ce qu’elle révèle d’un rapport de force structurel. Un conglomérat aux multiples tentacules médiatiques et financiers, une opération de découpage complexe dont les contours juridiques restent disputés jusqu’au sommet de la hiérarchie judiciaire, et des actionnaires minoritaires qui, malgré leurs recours, peinent à faire valoir leurs droits. La mécanique est rodée : plus une structure est complexe, plus il est difficile d’en contester les effets.
« Le fonds CIAM va se pourvoir en cassation », selon Le Monde, signe que la bataille juridique est loin d’être close.
Le vrai sujet de fond, c’est la gouvernance des grandes entreprises françaises à actionnariat concentré. Quand un actionnaire majoritaire pilote une restructuration d’ampleur, la question de la loyauté envers les minoritaires n’est jamais anodine. En France, le droit boursier prévoit des garde-fous, notamment les seuils de déclenchement d’OPA ou d’OPR, mais leur interprétation reste souvent l’objet de contentieux longs et coûteux, accessibles surtout aux investisseurs institutionnels ayant les moyens de plaider.
Pour un investisseur particulier qui détenait des actions Vivendi avant la scission, ce genre de procédure est inaccessible en pratique. C’est CIAM, fonds spécialisé, qui porte le combat. Et même lui se retrouve à enchaîner les étapes judiciaires sans garantie de succès. La Cour de cassation devra trancher sur des points de droit potentiellement structurants pour toute future opération de ce type.
L’affaire Vivendi illustre une tension plus large dans le capitalisme français : la coexistence d’actionnaires de référence puissants, souvent familiaux ou industriels, avec des marchés financiers qui attirent des investisseurs exigeant une gouvernance transparente et des droits de sortie clairs. Ces deux logiques ne sont pas incompatibles, mais leur articulation demande des règles du jeu précises et appliquées sans ambiguïté. Tant que les tribunaux continueront à interpréter ces règles différemment selon les degrés de juridiction, l’incertitude restera le principal risque pour quiconque mise sur une grande valeur française en pleine réorganisation.
La cassation, si elle est saisie, pourrait prendre des mois, voire des années. Entre-temps, Vivendi continue d’exister sous sa nouvelle forme éclatée, et le groupe Bolloré consolide une victoire qui, pour l’instant, tient.
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