Survivre à sa propre légende, c’est peut-être le défi le plus cruel qui soit dans l’animation japonaise. Et pourtant, le studio Trigger vient de balancer un teaser pour Cyberpunk: Edgerunners 2, relançant d’un coup une franchise que beaucoup croyaient définitivement close sur une fin aussi belle que brutale.
Pour ceux qui auraient oublié : la première saison d’Edgerunners, diffusée sur Netflix en 2022, avait réalisé quelque chose de rarissime. Non seulement elle avait ressuscité Cyberpunk 2077 sur le plan commercial, propulsant les ventes du jeu CD Projekt Red à des niveaux inespérés après un lancement catastrophique, mais elle avait aussi imposé David Martinez comme l’un des personnages les plus marquants de la décennie dans l’animation. Dix épisodes, un arc complet, une fin qui ne laissait aucune porte entrouverte. C’était parfait précisément parce que c’était fini.
Alors pourquoi une suite ? La réponse honnête, c’est qu’on ne la connaît pas encore. Le teaser mis en ligne par Trigger est avare en détails : quelques images de Night City sous une palette chromatique familière, une atmosphère qui sent la poudre et le néon, et suffisamment peu d’informations pour que la spéculation s’emballe immédiatement. Aucun personnage principal identifiable, aucune confirmation sur le lien narratif avec la saison précédente. Le bruit court que cette suite serait une histoire entièrement nouvelle dans le même univers, avec de nouveaux protagonistes. Rien n’est confirmé.
“Night City change les gens.”
Cette phrase culte de la première saison résume peut-être mieux que tout le risque que prend Trigger. Changer de personnages, c’est changer d’attachement émotionnel. Le studio devra convaincre un public qui a pleuré David que Night City vaut à nouveau la peine d’être explorée avec des inconnus. C’est jouable, mais ce n’est pas acquis.
Ce qui joue en faveur du projet, c’est d’abord la réputation technique de Trigger. Le studio a prouvé avec la première saison qu’il savait adapter l’esthétique cyberpunk en animation fluide et viscérale, avec une direction artistique qui tenait la route face aux productions les mieux dotées. Si le budget suit et que les conditions de travail des animateurs ne sacrifient pas la qualité sur l’autel du calendrier, l’aspect visuel devrait être au rendez-vous.
Il y a aussi la question de l’angle narratif. Edgerunners avait réussi parce qu’il n’essayait pas de raconter Cyberpunk 2077 : il racontait une histoire humaine dans cet univers, avec des personnages que le jeu n’avait jamais explorés. Si la suite adopte la même philosophie, elle a toutes les chances de trouver son propre souffle sans vivre dans l’ombre de son aînée. Si elle tente au contraire de capitaliser sur la nostalgie de la première, elle court droit vers la déception.
Le précédent n’est pas rassurant dans l’industrie : les suites d’œuvres parfaites échouent plus souvent qu’elles ne transcendent. Mais Trigger a déjà prouvé qu’il aimait prendre des paris que personne ne leur donnait gagnants. La vraie question, c’est moins de savoir si Edgerunners 2 sera bon que de savoir s’il sera nécessaire.
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