Trois hommes armés d’un fusil et d’une hache s’aventurent dans la nuit sud-africaine, convaincus d’être les prédateurs de l’histoire. Ils ne reviendront jamais.
Dans la réserve privée de Sibuya, dans le sud-est de l’Afrique du Sud, trois braconniers entrés tôt un lundi matin pour traquer des rhinocéros ont été retrouvés démembrés le lendemain. Pas de cadavres à proprement parler : des restes humains épars, des vêtements pour trois personnes, des armes abandonnées. Un grand groupe de lions les avait interceptés dans l’obscurité, ne leur laissant, selon le propriétaire de la réserve Nick Fox, «pas beaucoup de temps pour réagir».
On peut trouver cette fin tragique au sens littéral. On peut aussi y lire quelque chose de profondément symbolique, sans pour autant verser dans la morale facile. Ces hommes chassaient l’une des espèces les plus menacées de la planète : il reste environ 5 000 rhinocéros noirs sur le continent africain. Chaque corne arrachée alimente un marché illégal estimé à des milliards, porté par la demande de médecine traditionnelle en Chine et au Vietnam.
«Nous ne savons pas exactement combien ils étaient. Il n’en reste plus grand chose.», Nick Fox, propriétaire de la réserve de Sibuya
Ce que cette affaire révèle surtout, c’est l’absurdité d’un système où des humains risquent leur vie pour rapporter quelques kilos de kératine à des réseaux criminels qui, eux, ne mettent jamais les pieds dans la brousse. Les braconniers de terrain sont souvent des hommes pauvres, instrumentalisés par des filières organisées qui prospèrent loin du danger.
La savane n’a pas rendu justice. Elle a simplement fonctionné selon ses propres règles, indifférente aux nôtres. C’est nous qui devrions nous poser les vraies questions.
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