Manga

Le shojo des années 2010 revient d’entre les morts, et c’est une très bonne nouvelle

Il y a des annonces qui font l’effet d’une madeleine de Proust numérique. On scrolle distraitement son fil d’actualité manga, et soudain un nom surgit, un titre qu’on croyait définitivement rangé dans la boîte aux souvenirs sentimentaux de l’adolescence. Dengeki Daisy, le shojo signé Kyousuke Motomi, vient officiellement d’obtenir son adaptation anime, prévue pour 2027, accompagnée d’un premier visuel.

Pour ceux qui l’auraient manqué à l’époque, Dengeki Daisy raconte la relation entre Teru, lycéenne orpheline, et Daisy, une mystérieuse présence bienveillante qui lui répond par téléphone depuis la mort de son frère. Derrière ce voile de douceur se cache évidemment un hacker, un secret douloureux, et une histoire d’amour construite sur la patience plutôt que sur le coup de foudre artificiel. Le manga a été publié entre 2007 et 2013 dans le magazine Betsucomi, et a connu un succès solide au Japon comme à l’international, sans jamais décrocher l’adaptation animée que beaucoup attendaient.

Plus de dix ans après la fin de la publication, la question s’impose d’elle-même : pourquoi maintenant ? On peut avancer plusieurs hypothèses sérieuses. D’abord, la vague de nostalgie shojo qui déferle depuis quelques années sur le marché anime, portée par des succès comme les nouvelles adaptations de classiques romantiques oubliés. Ensuite, la plateforme Crunchyroll et ses concurrentes ont un appétit vorace pour les licences à base de fans préexistants, prêts à s’abonner pour revivre leurs lectures d’antan. Dengeki Daisy coche toutes les cases : fanbase fidèle, récit complet, univers cohérent sans rellance éditoriale nécessaire.

« Daisy protège toujours Teru. »

Cette promesse simple, répétée comme un mantra tout au long du manga, résume ce qui fait la force de l’œuvre : une écriture émotionnelle rigoureuse, loin des ressorts faciles qui plombent trop souvent le genre. Motomi a construit sa relation principale sur la confiance progressive, pas sur le cliché du bad boy capricieux qui se rachète à coup d’éclats. C’est précisément ce qui rend l’enjeu de l’adaptation si crucial, parce que transposer cette subtilité à l’écran demande un studio qui comprend vraiment ce qu’il adapte, et pas seulement un calendrier à remplir.

Le risque existe, et il serait malhonnête de l’ignorer. Les adaptations shojo ont souvent souffert d’un budget animation anémique, d’un rythme haché qui brise la montée en tension émotionnelle, ou pire, d’ajouts de fan-service qui trahissent l’esprit du matériau d’origine. On ne sait rien encore du studio en charge, ni du format envisagé, ce qui laisse le champ libre à toutes les inquiétudes comme à tous les espoirs.

Mais l’annonce elle-même, avec son premier visuel soigné, laisse entendre une ambition sérieuse plutôt qu’une adaptation opportuniste bâclée. 2027 laisse le temps de bien faire les choses. Ce sera suffisant pour convaincre les anciens lecteurs de revenir, à condition que l’équipe créative ait vraiment lu le manga jusqu’au bout.


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