Il y a quelque chose de presque comique dans le spectacle politique français de ce début juin 2026. Pendant que des experts sonnent l’alarme sur un mur budgétaire qui menace d’écraser les finances publiques, la classe politique, elle, est tout entière absorbée par une seule obsession : qui sera dans les starting-blocks pour 2027. Les candidatures s’annoncent, les ego s’affirment, les partis se déchirent. Le pays, lui, attend.
Prenons le menu de la semaine. Bruno Retailleau, fraîchement investi par les adhérents LR en avril, tente d’imposer son autorité à ce que les médias appellent joliment les « chapeaux à plumes » du parti, ces barons historiques comme Jean-François Copé qui n’ont jamais vraiment accepté qu’un autre règne. À droite, on le sait, l’obéissance au chef est une fiction permanente. Retailleau a la légitimité du vote militant, mais la légitimité ne se décrète pas, elle se conquiert. Et conquérir un parti aussi fracturé que LR, tout en préparant une campagne nationale, relève du double acrobatie.
Du côté du Rassemblement national, Jordan Bardella crée la surprise en s’affranchissant de la ligne défendue par Marine Le Pen sur les retraites, et ce alors même que le sort judiciaire de celle-ci doit se nouer le 7 juillet. Le timing est pour le moins délicat. S’émanciper de la fondatrice du mouvement moderne du parti, c’est un pari risqué qui suscite l’incompréhension dans les rangs. Est-ce le signe d’une transition préparée, ou d’une maladresse stratégique ? La question mérite d’être posée.
Et puis il y a Karim Bouamrane, maire PS de Saint-Ouen, qui se déclare candidat à la présidentielle sur France Inter, avec une formule convenue sur « une France forte, humaine, qui protège ». Opposant interne à Olivier Faure, il incarne une gauche qui cherche désespérément un visage neuf capable d’exister hors du champ Mélenchon. Peut-il y parvenir ? L’histoire récente du PS n’invite pas à l’optimisme effréné.
« La somme des réformes à engager pour éviter d’être asphyxiés par la charge de la dette est telle qu’un sérieux doute pèse sur la capacité des candidats à affronter le problème. »
Cette phrase de l’éditorialiste Françoise Fressoz dans Le Monde résume tout. Pendant que les prétendants à l’Élysée jouent leur partition partisane, la France file vers un mur budgétaire que personne, ou presque, ne veut vraiment regarder en face. La charge de la dette, les réformes structurelles, l’état des services publics : autant de sujets qui exigent des réponses sérieuses et des engagements coûteux politiquement. Et c’est précisément pour ça qu’ils sont évités.
Le drame de la petite Lyhanna ajoute une autre pression au gouvernement Lecornu, qui convoque une réunion interministérielle en urgence et promet des amendements sur la protection de l’enfance. Les bonnes intentions affichées sous l’émotion collective se transforment-elles en réformes durables ? C’est la question que l’histoire française pose, inlassablement, à chaque drame similaire.
2027 approche. La campagne commence pour de bon. Et le fossé entre l’urgence réelle du pays et le spectacle de la conquête du pouvoir n’a rarement paru aussi vertigineux.
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