Le PSG venait de soulever la Ligue des champions pour la première fois de son histoire. Une soirée qui aurait dû rester gravée dans les mémoires pour la beauté du geste sportif, pour des joueurs au sommet, pour un club qui aura mis des décennies à atteindre ce sommet européen. À la place, le lendemain matin, les images qui circulent montrent des vitrines brisées, des véhicules incendiés, du mobilier urbain éparpillé sur le pavé parisien. Le film est connu, presque prévisible à ce stade, et c’est bien là le problème.
Face à ce spectacle devenu tristement récurrent, le Premier ministre Sébastien Lecornu a sorti une idée qui ne manque pas de mordant : le principe du « casseur-payeur ». Concrètement, l’idée serait de faire rembourser les dégâts directement aux responsables, quitte à prélever les amendes sur leurs allocations sociales. Le message est clair, presque chirurgical dans sa symbolique : tu casses, tu assumes, sur ton portefeuille, pas sur celui du contribuable.
Sur le papier, difficile de ne pas trouver la logique séduisante. Pourquoi les commerçants du boulevard parisien devraient-ils payer, via les assurances et l’argent public, les frasques de gens venus célébrer une victoire à coups de bélier ? Le sentiment d’impunité est réel, documenté, et il nourrit chaque nouvelle flambée. Responsabiliser financièrement ceux qui sont identifiés et condamnés, c’est du bon sens pénal de base.
« Faire payer les casseurs, quitte à prélever directement les amendes sur les allocations. »
Mais voilà où le bât blesse. Le dispositif accroche sur sa faisabilité réelle. Combien de casseurs sont effectivement interpellés, jugés et condamnés dans des délais qui font encore sens avec les événements ? Les chiffres historiques sur les gardes à vue post-émeutes sportives ne sont pas franchement glorieux en termes de suites judiciaires. Sans chaîne pénale qui tient la route de l’arrestation jusqu’à la sanction financière effective, le « casseur-payeur » reste une belle formule de tribune plus qu’un outil opérationnel.
Il y a aussi une question de cible. Les violences de ce type mélangent des profils très hétérogènes : des opportunistes sans lien avec le football, des ultras organisés, et parfois des gens simplement emportés par la foule. Une réponse unique et automatisée risque de frapper les plus facilement identifiables plutôt que les plus dangereux, ce qui n’est pas tout à fait la même chose.
Ce qui est certain, c’est que la victoire du PSG méritait mieux que ce contrechamp honteux. Un club qui gagne enfin sa première Ligue des champions, c’est un moment de légende sportive, et il est consternant que le débat public du lendemain porte sur le coût des voitures brûlées plutôt que sur la beauté du parcours. La vraie question reste entière : comment faire en sorte que la prochaine grande nuit française reste, elle, une grande nuit, jusqu’au bout ?
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