Huit virgule trois milliards de dollars en un seul trimestre : TotalEnergies n’a pas seulement réalisé une bonne performance financière, il a signé son meilleur bénéfice net trimestriel de son histoire, plus que doublé par rapport à la même période l’année précédente. Une annonce faite ce jeudi 29 octobre qui soulève aussitôt une question brûlante : qui profite vraiment de ces résultats exceptionnels ?
Le contexte géopolitique explique en grande partie cette envolée. Les conflits en Ukraine et au Moyen-Orient ont durablement tendu les marchés des hydrocarbures, faisant grimper le prix du gaz et provoquant une pression inédite sur les marges de raffinage du gazole. TotalEnergies a su tirer parti de cet environnement de prix élevés avec une efficacité que ses actionnaires apprécient, mais qui irrite une partie de la classe politique française.
Ce résultat record intervient dans un contexte social particulièrement tendu en France autour du prix des carburants. Le gouvernement a récemment décidé de libérer une partie du stock stratégique de gazole, un mécanisme d’urgence rarement activé, pour tenter de peser sur les prix à la pompe. Sauf que cette décision perd une grande partie de son sens si les groupes pétroliers bénéficiaires n’en répercutent pas l’avantage sur les consommateurs.
C’est précisément ce qu’a pointé Maud Bregeon, ministre de l’Énergie et porte-parole du gouvernement, en demandant publiquement ce jeudi à TotalEnergies d’être « exemplaire » et de « répercuter à la baisse l’avantage » tiré de cette libération de stocks stratégiques. Une injonction morale qui illustre à quel point les outils de régulation directe manquent au gouvernement face à un groupe dont la rentabilité vient précisément de ces prix élevés.
Ce qui convainc
Ce qui interroge
La situation illustre une tension structurelle bien connue : TotalEnergies est une entreprise privée cotée en bourse, dont le siège est en France mais dont les intérêts et les actionnaires sont mondiaux. Le gouvernement français ne détient aucune participation significative dans le groupe et ne dispose donc d’aucun droit de vote pour orienter sa politique tarifaire. Ses leviers se limitent à la fiscalité sur les bénéfices, aux taxes sur les carburants, et aux appels publics à la responsabilité comme celui de Bregeon ce matin.
Or, taxer davantage les superprofits des énergéticiens est un débat qui revient régulièrement au Parlement sans jamais déboucher sur un mécanisme permanent en France, contrairement à certains pays européens qui ont adopté des contributions temporaires sur les bénéfices exceptionnels du secteur. Le record de 8,3 milliards de dollars en un seul trimestre va immanquablement relancer ce débat dans les prochaines semaines.
Au-delà de TotalEnergies, ce résultat record repose une question de fond sur la redistribution des rentes énergétiques en période de crise. Quand des chocs géopolitiques font flamber les prix payés par les ménages et les entreprises, les bénéfices qui en découlent pour les groupes intégrés sont-ils simplement le fruit du marché, ou une forme de profit exceptionnel qui mérite une réponse fiscale spécifique ? La réponse dépend largement de la philosophie économique que l’on adopte.
« Être exemplaire et répercuter à la baisse l’avantage » de la libération du stock stratégique de gazole., Maud Bregeon, ministre de l’Énergie, s’adressant à TotalEnergies ce 29 octobre.
Ce que l’on peut constater objectivement, c’est que la libération du stock stratégique de gazole, décision lourde prise en urgence par l’État, n’a produit aucun effet automatique sur les prix à la pompe. Tant que les groupes pétroliers ne sont soumis à aucune obligation contractuelle de répercussion, ce type de mécanisme reste un signal politique plus qu’un outil économique réellement efficace. La ministre Bregeon le sait : son appel à l’exemplarité en est l’aveu indirect.
À retenir
Ce bilan trimestriel exceptionnel intéressera avant tout les actionnaires de TotalEnergies et les observateurs des marchés de l’énergie. Pour les automobilistes et les entreprises fortement dépendantes du gazole, en revanche, ces chiffres record risquent surtout d’alimenter une frustration déjà bien installée, sans promettre de soulagement immédiat à la pompe.
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