Quand le dernier Mondial de l’Auto du double quinquennat de Macron ouvre ses portes ce lundi 12 octobre à Paris, il ne s’agit pas seulement d’admirer des carrosseries rutilantes : c’est une bataille industrielle à grande échelle qui se joue dans les allées du salon. Le 91e Mondial de l’Auto est ouvert ce matin même, inauguré par Emmanuel Macron, avec pour toile de fond la concurrence frontale des constructeurs chinois sur le marché européen.
La veille, dimanche soir, le président de la République a réuni à l’Élysée une soixantaine d’acteurs de la filière automobile. Détail révélateur : seuls les industriels « ayant investi de longue date en Europe » étaient conviés au dîner. Les constructeurs chinois, eux, n’avaient pas de couvert. Ce geste d’exclusion assumée résume à lui seul la stratégie de l’exécutif : dessiner une ligne de démarcation claire entre ceux qui jouent le jeu européen et ceux qui inondent le marché depuis l’extérieur.
La préférence européenne, nouvel étendard économique de l’Élysée
Macron a annoncé trois priorités pour ce salon : l’électrification des véhicules, la préférence européenne et l’innovation, notamment autour du véhicule autonome. L’Élysée a d’ailleurs qualifié l’électrification de « moteur de la reprise du marché et de la production en France », un signal fort à l’industrie nationale qui traverse depuis plusieurs années une phase de restructuration douloureuse.
Antonio Filosa, directeur général de Stellantis, a salué cet engagement lors d’un entretien à l’AFP dimanche, mettant en avant le concept de « made in Europe ». Ce soutien du premier groupe automobile européen n’est pas anodin : Stellantis, né de la fusion entre PSA et Fiat Chrysler, incarne précisément le modèle d’intégration industrielle que l’Élysée cherche à défendre face aux offensives chinoises.
« L’électrification est le moteur de la reprise du marché et de la production en France. », L’Élysée, dimanche 11 octobre 2026
Car la menace est bien réelle. Les constructeurs chinois, portés par des coûts de production très inférieurs et des subventions d’État massives, ont multiplié ces dernières années les offensives commerciales sur le Vieux-Continent, en particulier sur le segment des véhicules hybrides. La réponse européenne a tardé, et l’industrie traditionnelle en a payé le prix.
Un recul chinois obtenu, mais la guerre n’est pas gagnée
Une bonne nouvelle est toutefois tombée vendredi : la Chine a accepté de freiner sensiblement ses exportations de voitures hybrides vers l’Union européenne, ce qui devrait prévenir l’arrivée de millions de ces véhicules sur le marché européen dans les prochaines années. C’est une concession significative, obtenue après des mois de bras de fer commercial et de négociations en coulisses.
Macron plaide par ailleurs pour des transferts de technologie chinois en Europe, une idée qui fait débat : faut-il miser sur la coopération ou sur la protection ? La réalité économique impose sans doute les deux en même temps. Le secteur automobile européen ne peut ignorer les avancées technologiques chinoises, notamment sur les batteries, mais il doit aussi préserver ses chaînes de valeur. Au Mondial, on verra également émerger un autre front : celui des mini-véhicules électriques, avec ou sans permis. Des entreprises comme Kilow, basée à Cluses en Haute-Savoie, tentent de séduire de nouveaux conducteurs avec des quadricycles abordables et pratiques en ville. Ce segment, encore marginal, pourrait constituer l’un des leviers d’adoption de masse de l’électrique en France.
À retenir
- Mondial de l’Auto 2026 : 91e édition ouverte ce 12 octobre à Paris, inaugurée par Macron avec pour enjeu central la concurrence chinoise.
- Accord commercial obtenu : la Chine a accepté vendredi de limiter ses exportations de véhicules hybrides vers l’UE, évitant un afflux massif prévu.
- Stratégie en trois axes : électrification, préférence européenne et innovation sur le véhicule autonome, tels sont les piliers défendus par l’Élysée.
Ce Mondial est le dernier que Macron inaugurera avant de quitter l’Élysée en mai 2027. Il a choisi d’en faire une tribune industrielle autant qu’un symbole politique. La question est de savoir si les mesures annoncées ce lundi produiront des effets concrets avant la prochaine échéance présidentielle, ou si elles resteront des postures de campagne habillées en politique économique.
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