Moins d’un mois après l’annonce officielle du projet, Matthew Weiner, créateur de Mad Men, a quitté la série The Chairman en développement sur Peacock, où Eddie Murphy devait tenir le rôle principal. Selon Variety, Deadline et The Wrap, qui ont tous trois confirmé l’information ce vendredi, le départ est motivé par des divergences créatives. Une nouvelle direction a déjà été mise en place, et le projet continue sans lui.
La série est produite par 101 Studios, la société de David Glasser, en association avec Universal Television. L’annonce initiale remontait à tout juste quelques semaines, ce qui rend ce revirement particulièrement brutal : Weiner avait été engagé à la fois comme scénariste, producteur exécutif et showrunner, soit la trinité de postes qui fait d’un créateur le vrai capitaine d’un projet. Perdre les trois en même temps, avant même que la production n’ait démarré, c’est un signal fort.
Quand les grandes ambitions se heurtent à la réalité du développement
Matthew Weiner n’est pas n’importe qui. Mad Men, la série qu’il a créée et dirigée de 2007 à 2015 sur AMC, reste l’une des œuvres télévisuelles les plus célébrées de la décennie 2010, couronnée par seize Emmy Awards. Son retour à la télévision avec un véhicule taillé pour Eddie Murphy avait tout pour susciter l’enthousiasme : deux noms lourds, une plateforme de NBCUniversal cherchant à muscler son catalogue de prestige, et un format dramatique qui semblait coller aux ambitions des deux parties.
Le fait que les divergences créatives aient éclaté si tôt pose une question légitime : le projet était-il suffisamment défini avant que Weiner ne rejoigne l’aventure, ou bien sa vision s’est-elle révélée incompatible avec celle d’Eddie Murphy ou des producteurs de 101 Studios ? Les sources citées par les médias américains ne précisent pas l’origine exacte du désaccord, et aucune des parties n’a fait de déclaration publique.
« Creative differences » : la formule fourre-tout de Hollywood qui, selon le moment où elle est employée dans un développement, peut signifier tout, de la simple divergence stylistique à une rupture profonde sur l’identité même d’un projet.
Ce qui est certain, c’est que Peacock a jugé le projet suffisamment solide pour ne pas le mettre en attente : un nouveau showrunner est déjà en poste, preuve que la plateforme croit encore à The Chairman et qu’elle ne veut pas perdre Eddie Murphy. L’acteur et comédien, qui a enchaîné ces dernières années entre Dolemite Is My Name, Coming 2 America et Beverly Hills Cop : Axel F, représente un atout promotionnel évident pour une plateforme qui cherche à se distinguer de Netflix ou Max.
Peacock maintient le cap, mais la question de la cohérence reste entière
Pour autant, changer de showrunner avant même le premier tour de manivelle n’est jamais anodin. Le showrunner est le gardien de la vision globale d’une série : c’est lui qui arbitre les choix d’écriture, qui gère la salle des scénaristes, qui maintient la cohérence du ton sur la durée. Arriver sur un projet dont l’architecte vient de partir implique de reprendre des fondations qu’on n’a pas posées, parfois avec un acteur principal qui avait ses propres accords créatifs avec le prédécesseur.
L’histoire de la télévision américaine est jalonnée de séries qui ont survécu à ce type de turbulences en développement, et d’autres qui n’ont jamais réussi à s’en remettre. The Chairman appartient pour l’instant à la catégorie des projets dont on attend la suite avec une curiosité mêlée d’incertitude.
À retenir
- Départ fulgurant : Matthew Weiner quitte The Chairman moins d’un mois après l’annonce officielle du projet sur Peacock.
- Divergences créatives : aucune des parties n’a précisé publiquement la nature des désaccords avec la production ou Eddie Murphy.
- Continuité assurée : un nouveau showrunner est déjà en place, Peacock et 101 Studios ne souhaitant visiblement pas perdre la star du projet.
Ce que cette affaire révèle surtout, c’est la fragilité des grands projets en développement, même lorsqu’ils réunissent des noms en apparence complémentaires. La rencontre entre le créateur méticuleux de Mad Men et la star caméléon qu’est Eddie Murphy avait tout d’une évidence sur le papier. Sur le terrain, elle n’aura pas résisté aux premières vraies décisions d’écriture. La prochaine étape sera de savoir si le remplaçant parviendra à imposer une vision aussi forte que celle que Weiner portait initialement : sans cela, The Chairman risque de devenir un projet à deux vitesses, ambitieux dans sa distribution mais orphelin de sa boussole narrative.
En savoir plus sur Glorieux Geek
Subscribe to get the latest posts sent to your email.

