Dix ans. C’est le temps qu’il aura fallu attendre pour revoir Nicolas Winding Refn derrière une caméra de cinéma. Son nouveau film, Her Private Hell, un thriller horrifique teinté de science-fiction, arrive en salles ce mercredi, et le moins que l’on puisse dire, c’est que l’absence n’a pas assagi le réalisateur danois de Drive et Only God Forgives. Verdict : un retour attendu, ambitieux, mais qui soulève autant de questions qu’il n’en résout.
Un retour viscéral et personnel, pas encore au niveau de Drive, mais qui remet Refn dans la course.
Un projet né d’une expérience intime
Ce qui frappe d’emblée avec Her Private Hell, c’est la genèse du projet. Refn ne s’est pas appuyé sur une adaptation ou une commande de studio : le film est directement inspiré de sa propre vie, d’une expérience personnelle qu’il a souhaitée transcoder en images. Cette démarche autobiographique est à la fois la force et le risque du projet. Quand un cinéaste aussi styliste que Refn parle de lui-même, le résultat peut osciller entre la confession bouleversante et l’indulgence narcissique. Les premiers retours semblent indiquer qu’il navigue quelque part entre les deux, ce qui n’est pas un mince exploit dans un genre aussi codifié que le thriller horrifique.
Le réalisateur avait mis sa carrière cinéma entre parenthèses pour se consacrer à la série Too Old to Die Young sur Amazon, une œuvre fleuve et hypnotique qui avait divisé jusqu’à ses admirateurs les plus inconditionnels. Ce détour télévisuel lui aura au moins permis de revenir avec une vision plus épurée, selon les premières impressions.
Ce que le film réussit
La signature visuelle de Refn reste intact : lumières saturées, plans contemplatifs, une façon de faire durer le malaise jusqu’à ce qu’il devienne presque insupportable. Her Private Hell s’inscrit clairement dans cette esthétique, en y ajoutant une dimension de science-fiction que ses précédents films n’exploraient qu’en filigrane.
- Une direction artistique cohérente et immersive, fidèle à l’ADN du réalisateur.
- Un ancrage personnel qui donne au récit une sincérité rare dans le genre.
- Un mélange des genres (horreur, SF, thriller psychologique) qui renouvelle la proposition sans la diluer.
- Un retour en salle, et non sur une plateforme, qui confirme l’ambition cinématographique du projet.
Ce qui peut décevoir
La question qui se pose naturellement après dix ans d’absence est celle du niveau d’attente. Drive (2011) reste l’une des œuvres les plus influentes de la décennie 2010 en matière de cinéma de genre. Tout ce que Refn produit depuis est inévitablement mesuré à cette aune, ce qui est à la fois injuste et inévitable. Les amateurs de récits linéaires et de résolutions claires risquent de se heurter à la même frustration que lors de Only God Forgives : Refn préfère l’atmosphère à la narration classique, l’impression à l’explication.
Le caractère très personnel du projet peut aussi créer une distance paradoxale avec le spectateur, qui n’a pas accès aux clés biographiques que le réalisateur garde pour lui. Ce qui est cathartique pour l’auteur peut rester opaque pour le public.
« Ce film est né d’un endroit très sombre de ma vie. Je ne pouvais pas ne pas le faire. », Nicolas Winding Refn, à propos de Her Private Hell
Pour qui est ce film ?
Le public qui attend un blockbuster ou un thriller accessible passera son chemin sans regret. Her Private Hell est clairement destiné aux cinéphiles qui apprécient un cinéma de genre exigeant, viscéral, qui assume ses longueurs et ses partis pris formels. C’est le type de film qui se discute après la séance, que l’on aime ou non, et c’est déjà une qualité rare. Pour ceux qui avaient abandonné Refn après ses expériences les plus hermétiques, ce retour mérite au moins qu’on lui accorde le bénéfice du doute.
À retenir
- Dix ans d’absence : le retour au cinéma de Nicolas Winding Refn après une parenthèse télévisuelle avec Too Old to Die Young.
- Un film autobiographique : Her Private Hell s’inspire directement d’une expérience personnelle du réalisateur, ce qui lui confère une sincérité rare dans le genre.
- Public ciblé : les amateurs de cinéma de genre exigeant, fans de Drive ou Only God Forgives, seront les mieux placés pour apprécier ce retour.
Au fond, le vrai enjeu de Her Private Hell n’est pas de savoir si Refn a réussi son come-back, mais de déterminer s’il a retrouvé la connexion entre son univers intérieur et l’émotion du spectateur. Sur ce point, la réponse appartient à chacun, et c’est peut-être là la marque des auteurs qui comptent vraiment.
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