Deux soldats tués, 2 000 Palestiniens chassés de chez eux à Hébron, et un territoire entier bouclé le jour d’un scrutin législatif : la séquence qui se déroule en Cisjordanie occupée depuis vendredi 23 octobre concentre toutes les tensions d’une région au bord du point de rupture.
Une attaque comme déclencheur d’une opération d’ampleur
Tout s’est précipité vendredi. Deux Palestiniens ont attaqué un point de passage près d’Hébron, tuant deux soldats israéliens avant d’être abattus. Hébron est une ville particulièrement explosive : quelques centaines de colons israéliens y vivent au milieu de centaines de milliers d’habitants palestiniens, dans une cohabitation sous haute tension permanente. Le lendemain, samedi 24 octobre, l’armée israélienne a expulsé environ 2 000 Palestiniens de leurs domiciles dans cette ville, dans le cadre d’une opération présentée comme une réponse directe à l’attaque.
Benjamin Netanyahu s’est rendu sur place dans les heures suivant l’attaque. Ses déclarations ont immédiatement mis le feu aux poudres : il a laissé entendre qu’une opération de grande envergure se prépare en Cisjordanie, une opération « comme il n’y en a pas eu depuis la guerre des Six-Jours », en 1967. Des mots qui ne sont pas anodins, choisis avec soin à 48 heures d’un scrutin dont dépend sa survie politique.
Le bouclage du mardi, entre sécurité et calcul électoral
Dans un communiqué publié dimanche, l’armée israélienne a officialisé ce que beaucoup redoutaient : la Cisjordanie sera entièrement bouclée mardi 27 octobre, jour des élections législatives israéliennes. Aucun travailleur palestinien ne pourra entrer en Israël, tous les points de passage terrestres seront fermés pour toute la durée du scrutin. La mesure inclut la vallée du Jourdain et les zones industrielles frontalières.
« Face aux menaces grandissantes de déplacement de population, de destruction, il faut une action internationale urgente. », Ministère palestinien des Affaires étrangères, 24 octobre 2026
L’Autorité palestinienne a haussé le ton, réclamant des « mesures concrètes et dissuasives » de la communauté internationale, et non de simples condamnations verbales. Netanyahu l’a lui-même menacée d’une « grosse surprise » à venir, formule volontairement vague mais perçue comme une escalade annoncée. La question que personne ne peut éluder est celle du calendrier : cette vague répressive intervient à 48 heures d’un vote qui engage l’avenir politique du Premier ministre, actuellement sous le coup de plusieurs procédures judiciaires.
La Cisjordanie comme enjeu électoral israélien
Ce n’est pas la première fois qu’une opération militaire en Cisjordanie prend une coloration politique en période électorale en Israël. Mais la référence à 1967 introduit une dimension nouvelle : évoquer la guerre des Six-Jours, c’est convoquer le souvenir de la conquête du territoire même où l’opération est menée. C’est un signal adressé à l’électorat nationaliste et aux formations d’extrême droite qui soutiennent le gouvernement de coalition de Netanyahu.
Sur le terrain, les conséquences sont déjà concrètes et immédiates pour les civils. Des milliers de familles déplacées à Hébron, des travailleurs qui ne pourront pas rejoindre leur lieu d’emploi mardi, une économie palestinienne déjà étranglée qui encaisse un coup supplémentaire. La communauté internationale, pour l’instant, s’en tient aux condamnations que l’Autorité palestinienne juge précisément insuffisantes.
À retenir
- 2 000 Palestiniens déplacés : l’armée israélienne a expulsé des habitants d’Hébron le 24 octobre après la mort de deux soldats.
- Bouclage total le 27 octobre : tous les points de passage de Cisjordanie seront fermés le jour des élections législatives israéliennes.
- Référence à 1967 : Netanyahu évoque une opération d’une ampleur inédite depuis la guerre des Six-Jours, à 48 heures d’un scrutin décisif pour sa survie politique.
Le vote de mardi révélera si cette posture sécuritaire durcit bénéficie réellement à Netanyahu dans les urnes. Mais quelle qu’en soit l’issue électorale, la Cisjordanie aura payé le prix fort d’une semaine où la frontière entre impératif de sécurité et instrumentalisation politique s’est révélée, une fois de plus, particulièrement difficile à tracer.
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