Ce dimanche 25 octobre 2026, les Brésiliens choisissent entre deux visions radicalement opposées de leur territoire forestier le plus emblématique : Lula d’un côté, Flávio Bolsonaro de l’autre, dans un second tour serré qui engage l’avenir de l’Amazonie bien au-delà des frontières du Brésil.
Pourquoi cette élection concerne-t-elle la planète entière ?
L’Amazonie brésilienne représente environ 60 % de la plus grande forêt tropicale du monde, un puits de carbone dont l’équilibre conditionne directement le dérèglement climatique mondial. En dix-huit ans, le Brésil a déboisé une superficie équivalente à celle de la Grèce, selon les données citées par Le Grand Continent. Ce chiffre brutal résume l’ampleur des dommages accumulés et explique pourquoi les capitales européennes, les ONG climatiques et les marchés carbone regardent ce scrutin avec une attention inhabituellement vive pour une élection nationale.
Qu’a concrètement changé la politique de Lula depuis 2023 ?
Le bilan du président sortant est défendu par les spécialistes du dossier. François-Michel Le Tourneau, géographe spécialiste de l’Amazonie, est catégorique dans son analyse relayée par 20 Minutes :
« La politique de Lula sur la déforestation a porté ses fruits. », François-Michel Le Tourneau, géographe, CNRS
Après les années Bolsonaro père (2019-2022) qui avaient vu la déforestation exploser, l’administration Lula a renforcé les agences de surveillance environnementale, multiplié les opérations de démantèlement de filières illégales et réactivé des accords de coopération avec l’Union européenne. Les chiffres de déforestation ont effectivement reculé sur les deux premières années du mandat, même si le phénomène reste loin d’être enrayé structurellement.
Que changerait une victoire de Flávio Bolsonaro ?
Le fils de l’ancien président incarne une ligne clairement continuatrice de la politique paternelle sur les questions environnementales. Les analystes cités par Le Grand Continent anticipent une remise en cause des mécanismes de contrôle récemment renforcés, un desserrement des contraintes pesant sur l’agro-industrie et l’exploitation minière en zone sensible, ainsi qu’un retrait probable des engagements climatiques internationaux pris sous Lula. Les grandes exploitations agricoles et les secteurs de l’élevage bovin, moteurs historiques de la déforestation dans les États du Pará et du Mato Grosso, retrouveraient une marge de manœuvre considérable.
- Affaiblissement probable des agences environnementales fédérales (Ibama, ICMBio).
- Remise en cause des démarcations de terres indigènes récemment entérinées.
- Risque de reprise rapide de la déforestation sur les axes routiers en cours d’extension.
- Tensions accrues avec l’Union européenne, qui conditionne désormais certains accords commerciaux à des garanties environnementales.
Ce dernier point est loin d’être anecdotique : le règlement européen sur la déforestation importée, entré progressivement en vigueur, pèse directement sur les exportations brésiliennes de soja et de viande bovine. Un éventuel recul sur les engagements environnementaux exposerait le Brésil à de sérieuses frictions commerciales avec son premier partenaire à l’export.
Le scrutin est-il vraiment aussi serré qu’on le dit ?
Les sources disponibles ce dimanche décrivent un duel « au coude-à-coude », sans qu’un écart décisif soit établi avant la fermeture des bureaux de vote. Ce type de résultat serré rappelle le second tour de 2022, où Lula l’avait emporté avec moins de deux points d’avance sur Jair Bolsonaro. Le vote des États du nord et du centre-ouest, historiquement liés à l’agro-industrie, jouera un rôle déterminant, tandis que les grandes métropoles côtières penchent traditionnellement vers une ligne plus progressiste.
À retenir
- Enjeu mondial : l’Amazonie, poumon climatique de la planète, est au cœur du scrutin brésilien de ce 25 octobre 2026.
- Bilan Lula positif mais fragile : la déforestation a reculé sous le président sortant, mais reste structurellement menaçante.
- Risque Bolsonaro fils : une victoire de Flávio Bolsonaro pourrait entraîner un retour rapide aux pratiques des années 2019-2022 et des frictions commerciales avec l’Europe.
L’Amazonie a ceci de particulier qu’elle ne souffre pas les demi-mesures : les dynamiques de déforestation, une fois relancées, s’emballent rapidement et les effets mettent des décennies à s’inverser. Quel que soit le résultat de ce soir, le monde aura les yeux rivés sur Brasília dans les semaines qui suivront, pour voir si les promesses de campagne se traduisent en actes ou s’évaporent face aux lobbies de l’agribusiness.
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