Vingt morts. C’est le bilan humain des attentats antisémites survenus en 2025 dans la seule diaspora juive hors d’Israël, selon le rapport publié ce mercredi par l’Anti-Defamation League (ADL), l’une des organisations de référence mondiale dans la lutte contre l’antisémitisme. Un chiffre qui place 2025 au rang d’année la plus meurtrière pour les Juifs de la diaspora depuis l’attentat contre l’AMIA à Buenos Aires en 1994, qui avait fait 85 morts. Ce rapport n’est pas une alerte parmi d’autres : il documente une tendance de fond qui s’est aggravée de manière spectaculaire, et qui mérite d’être comprise dans toute sa gravité.
À retenir
- 20 morts en 2025 : le bilan le plus lourd pour la diaspora juive depuis l’attentat de Buenos Aires en 1994.
- +97 % d’incidents violents : la hausse des actes de violence antisémite recensés dans sept pays par l’ADL sur l’année 2025.
- 23 000 incidents au total : toutes formes confondues (agressions, menaces, dégradations) recensées dans sept pays dont les États-Unis, le Canada et le Royaume-Uni.
Quels attentats ont fait de 2025 une année aussi meurtrière ?
Les vingt victimes recensées sont tombées lors de quatre attaques distinctes survenues sur trois continents. En mai et juin 2025, des attentats ont frappé Washington et Boulder aux États-Unis. En octobre, Manchester au Royaume-Uni a été ciblée. En décembre, Sydney en Australie a subi l’attentat le plus meurtrier de cette série. L’ADL souligne que ces quatre événements constituent ensemble le bilan humain le plus lourd enregistré hors d’Israël depuis plus de trois décennies. Ce n’est donc pas un phénomène localisé ou conjoncturel : il traverse des pays aux contextes politiques et culturels très différents, ce qui rend le constat d’autant plus préoccupant.
Que révèlent les 23 000 incidents recensés dans sept pays ?
Au-delà des attentats mortels, l’ADL a comptabilisé plus de 23 000 incidents antisémites dans sept pays, toutes formes confondues. Les actes de violence ont bondi de 97 % par rapport à l’année précédente, ce qui représente un quasi-doublement en un an. Ce chiffre englobe les agressions physiques, les menaces directes et les actes d’intimidation. Les pays couverts par le rapport incluent notamment les États-Unis, le Canada et le Royaume-Uni, trois des démocraties occidentales les plus importantes en termes de communautés juives de la diaspora.
- États-Unis : attentats de Washington et Boulder en 2025, contexte de hausse continue des signalements depuis 2023.
- Royaume-Uni : attentat de Manchester en octobre, pays qui connaissait déjà une recrudescence documentée des incidents.
- Australie : attentat de Sydney en décembre, bilan le plus lourd de la série.
- Canada : inclus dans les sept pays surveillés, avec une progression des incidents signalés.
Comment expliquer cette accélération depuis 2023 ?
Le rapport de l’ADL s’inscrit dans une trajectoire que les observateurs suivent depuis le déclenchement du conflit à Gaza en octobre 2023. Les organisations de lutte contre l’antisémitisme avaient déjà alerté sur une explosion des actes anti-juifs dans les mois qui avaient suivi, aussi bien en Europe qu’en Amérique du Nord. Ce que le bilan 2025 révèle, c’est que cette vague ne s’est pas dissipée : elle a au contraire franchi un nouveau palier, passant d’actes majoritairement symboliques ou verbaux à des violences physiques et meurtrières. La banalisation du discours de haine en ligne, relayé ensuite dans l’espace physique, est régulièrement identifiée par les chercheurs comme l’un des vecteurs de cette radicalisation.
« L’année 2025 est l’année la plus meurtrière pour la violence antisémite à l’encontre de la diaspora juive depuis l’attentat de 1994 à Buenos Aires. », Anti-Defamation League, rapport publié le 29 juillet 2026.
Pourquoi ce rapport dépasse la seule question communautaire ?
On pourrait être tenté de lire ce rapport comme un document qui ne concerne que les communautés juives. Ce serait une erreur d’analyse. L’antisémitisme a historiquement fonctionné comme un indicateur avancé de la montée plus large des violences politiques et idéologiques dans une société. Quand la haine contre une minorité se traduit par des assassinats sur trois continents en une seule année, c’est l’état général de la tolérance démocratique qui est en question. Les gouvernements des pays concernés sont désormais attendus non seulement sur leur discours, mais sur leurs actes concrets : moyens alloués aux services de renseignement, coopération internationale, traitement judiciaire des auteurs et surtout prévention en amont dans les milieux scolaires et numériques.
Quelles incertitudes et limites faut-il garder à l’esprit ?
Le rapport de l’ADL est une source sérieuse et régulièrement citée, mais il convient de noter quelques points de vigilance. La méthodologie de comptage des incidents varie selon les pays et les années, ce qui peut influencer les comparaisons sur le long terme. Par ailleurs, l’ADL couvre sept pays, ce qui ne représente qu’une partie de la réalité mondiale : les données sur l’Europe continentale, l’Amérique latine ou l’Asie ne sont pas intégrées de la même façon. Enfin, attribuer une motivation précisément antisémite à chaque acte nécessite une qualification judiciaire que les chiffres bruts ne reflètent pas toujours entièrement. Ces nuances ne diminuent pas la gravité du bilan, mais elles rappellent que tout rapport statistique doit être lu avec son contexte méthodologique.
En savoir plus sur Glorieux Geek
Subscribe to get the latest posts sent to your email.

