La réalisatrice de Matrix veut tourner un film. Elle a écrit le scénario. Elle a un titre : The Hunted. Ce qui lui manque, c’est l’argent, et Hollywood refuse de le lui donner. La raison avancée en privé par les studios et les investisseurs que Lilly Wachowski a contactés se résume en quelques mots : le casting est intégralement trans. Dans un secteur qui aime se présenter comme progressiste, ce cas concret pose une question que beaucoup préfèrent éviter.
À retenir
- Le projet : Lilly Wachowski a écrit The Hunted, un film avec un casting intégralement composé de comédiens trans.
- Le blocage : Aucun studio ou investisseur n’a accepté de financer le projet à ce jour, selon les déclarations de la réalisatrice.
- Le contexte : Wachowski parle d’un moment « difficile » pour ce type de projet, dans un Hollywood dont les décisions de financement restent très conservatrices commercialement.
De quoi parle exactement The Hunted ?
Lilly Wachowski n’a pas encore dévoilé le détail de l’intrigue de The Hunted, mais elle a confirmé avoir finalisé un scénario dont la particularité centrale est de confier tous les rôles à des acteurs et actrices trans. Ce n’est pas un documentaire ni un film militant au sens strict : il s’agit, selon ses propres termes, d’une fiction à part entière. Ce qui lui vaut des refus en chaîne, ce n’est donc pas le genre du film ni son budget présumé, c’est uniquement la composition du casting. La réalisatrice a choisi de le dire publiquement, sans désigner nommément les interlocuteurs qui lui ont fermé la porte.
Pourquoi Hollywood hésite-t-il à financer ce projet ?
La réponse honnête, c’est le calcul de risque commercial. Hollywood n’est pas une institution caritative : chaque décision de financement repose sur une anticipation du retour sur investissement. Or les studios regardent les précédents, et les films centrés sur des personnages trans n’ont à ce jour pas produit de blockbusters. C’est un fait de marché, pas un jugement de valeur. Ce qui est en cause ici, c’est donc moins une hostilité idéologique affichée qu’une prudence financière qui produit, en pratique, un effet d’exclusion.
Wachowski elle-même parle d’un moment « difficile », une formulation qui dit beaucoup sans accuser personne directement. Elle pointe un climat général, pas une conspiration. Et ce climat a des causes multiples : le reflux du public pour certains films à message perçu comme trop explicitement identitaire, les déboires commerciaux de productions très médiatisées ces dernières années, et la frilosité croissante des plateformes après plusieurs années de dépenses massives peu rentabilisées.
« L’époque est difficile » : c’est ainsi que Lilly Wachowski résume les obstacles auxquels elle se heurte pour financer The Hunted, un film dont le casting intégralement trans suffit, à ce stade, à décourager les financeurs potentiels.
Le crédit de Wachowski pèse-t-il dans la balance ?
On pourrait croire que la coréalisatrice des trois films Matrix dispose d’un capital symbolique suffisant pour forcer les portes. C’est partiellement vrai, mais la réalité du financement hollywoodien est plus brutale. Le dernier Matrix, Resurrections sorti en 2021 et réalisé par Lilly Wachowski seule, a été un demi-échec commercial : environ 156 millions de dollars de recettes mondiales pour un budget estimé à 190 millions, sans compter la promotion. Ce bilan pèse dans les dossiers que consultent les investisseurs, quel que soit le prestige de la franchise d’origine.
Il serait réducteur, et inexact, de dire que seul le casting de The Hunted bloque le projet. Son parcours récent entre aussi en ligne de compte. Ce qui rend la situation intéressante, c’est précisément cette superposition de facteurs : Hollywood ne dit jamais clairement pourquoi il refuse, et Wachowski, elle, identifie le casting comme le frein principal. Les deux lectures peuvent être vraies simultanément.
Quelles pistes de financement restent ouvertes ?
Le cinéma indépendant, les coproductions européennes ou les plateformes de niche comme MUBI représentent des alternatives réalistes pour ce type de projet. Les voies sont connues :
- Le circuit des festivals indépendants, qui permettent de trouver des distributeurs après une première mondiale remarquée (Sundance, SXSW, Berlin).
- Les fonds publics européens, notamment le programme Eurimages, accessibles aux coproductions incluant un partenaire du continent.
- Les plateformes de streaming spécialisées, moins exposées à la pression des recettes en salle.
- Le financement participatif, qui a permis à plusieurs projets de niche de dépasser le stade du scénario ces dernières années.
Aucune de ces pistes n’offre le budget d’un studio, mais elles permettent de faire exister un film que les grands groupes refusent de porter. La question reste de savoir si Wachowski acceptera de revoir ses ambitions à la baisse ou si elle continue de frapper aux portes des majors.
Quelles incertitudes subsistent sur ce projet ?
À ce stade, beaucoup de paramètres essentiels restent inconnus : le budget recherché, le genre précis du film, les noms d’acteurs envisagés, et surtout la liste concrète des interlocuteurs sollicités. Sans ces éléments, il est impossible d’évaluer si le refus de financement est lié au casting, au projet lui-même, ou à une combinaison des deux. Wachowski a choisi de rendre public son blocage, ce qui est une stratégie en soi : créer une pression médiatique pour débloquer des discussions ou attirer d’autres financeurs. Si cette sortie médiatique débouche sur une annonce concrète dans les prochains mois, cela confirmera que le pari valait la peine d’être tenté.
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