Le gouvernement français vient de notifier un arrêté d’expulsion à Xenia Fedorova, ancienne présidente de RT France et chroniqueuse aujourd’hui présente sur CNews, Europe 1 et dans les colonnes du Journal du dimanche. L’accusation est directe : relayer la propagande du Kremlin sur le sol français. La décision est lourde, et elle mérite qu’on la regarde en face, sans indulgence pour les faux-semblants des deux côtés.
À retenir
- Arrêté d’expulsion notifié : le gouvernement français accuse Xenia Fedorova de relayer la propagande russe depuis le territoire national.
- Profil médiatique établi : ancienne présidente de RT France, elle officie aujourd’hui sur CNews, Europe 1 et le Journal du dimanche.
- Recours annoncé : Fedorova conteste la décision devant la justice, ce qui suspend son exécution dans l’immédiat.
RT France a été interdite de diffusion en Europe depuis février 2022, au lendemain de l’invasion russe de l’Ukraine. Ce n’est pas un détail de procédure : c’est le contexte dans lequel Fedorova a dirigé une chaîne dont la mission officieuse était documentée, assumée et financée par l’État russe. Que cette même personne continue, des années après, à occuper des tribunes dans les médias français les plus écoutés, voilà ce que le gouvernement a décidé de ne plus tolérer. On peut discuter du timing. On ne peut pas feindre de découvrir le sujet.
Ce que l’on sait sur le dossier à charge contre Fedorova
Le gouvernement invoque des critères précis pour justifier l’arrêté d’expulsion, sans les détailler publiquement dans leur intégralité, comme c’est l’usage pour les dossiers liés à la sécurité nationale. Thomas Ménagé, député RN, a lui-même concédé sur franceinfo que Fedorova « a répondu aux critères » d’expulsion, tout en ajoutant que son parti ne partageait pas ses positions. C’est un positionnement habile : valider la légalité de la mesure sans en approuver la cible.
« Elle a répondu aux critères » d’expulsion, a déclaré Thomas Ménagé sur franceinfo, tout en appelant à « se protéger des différentes ingérences ».
Ce qui est documenté : Fedorova a présidé RT France jusqu’à sa fermeture forcée. RT est une structure de propagande d’État russe, classifiée comme telle par l’Union européenne et par plusieurs services de renseignement occidentaux. Diriger cet organe pendant des années n’est pas une position neutre, ni journalistiquement, ni politiquement. Ses soutiens brandissent le pluralisme comme bouclier, mais le pluralisme ne consiste pas à offrir une tribune permanente à un instrument d’influence étrangère hostile. Ce sont deux choses distinctes, et les confondre est une manipulation intellectuelle.
Le fait qu’elle chronique aujourd’hui sur des médias grand public n’efface pas son parcours : il l’amplifie. Une ancienne cadre d’une chaîne de propagande russe touchant des millions d’auditeurs français hebdomadaires, c’est précisément le type de situation que les autorités ont le droit, voire le devoir, d’évaluer au regard de la sécurité nationale.
Les arguments des défenseurs de Fedorova : solides ou fumée ?
Les soutiens de la chroniqueuse invoquent deux arguments principaux. D’abord, l’atteinte au pluralisme : expulser une voix qui dérange serait une forme de censure déguisée. Ensuite, la procédure elle-même : un arrêté d’expulsion pris hors de toute procédure judiciaire publique, sur la foi de critères non détaillés, laisse peu de recours à la personne visée.
Le second argument est le plus sérieux. La procédure administrative d’expulsion pour raison d’ordre public ou de sécurité nationale est légale en France, mais elle concentre dans les mains de l’exécutif un pouvoir considérable, avec un contrôle juridictionnel qui intervient après coup. Fedorova a raison de contester devant les tribunaux : c’est son droit, et la justice dira si les critères sont remplis conformément au droit. Ce recours est légitime.
Le premier argument, en revanche, est creux. Le pluralisme protège des opinions, pas des fonctions occupées au service d’un État étranger hostile. Confondre les deux revient à dire qu’expulser un espion étranger serait une atteinte à la liberté d’expression. La liberté d’expression n’est pas un permis de séjour accordé à vie quelle que soit l’activité exercée.
Ce qui reste ouvert, et c’est là l’honnêteté intellectuelle minimale : le gouvernement doit apporter la preuve que les activités actuelles de Fedorova, et non son seul passé chez RT, justifient la mesure. Un passé à la tête d’une chaîne de propagande est un signal fort. Il n’est pas suffisant à lui seul si les chroniques actuelles ne contiennent pas d’éléments répréhensibles identifiables. La justice administrative sera juge de cet équilibre, et c’est bien ainsi. Ce qui est certain, c’est que la complaisance aurait été le pire des choix : laisser prospérer sans réponse une influence documentée au nom du confort médiatique n’est pas du pluralisme, c’est de la négligence.
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