Trois cents mètres de large, quelques drones, et l’économie mondiale retient son souffle. Le détroit d’Ormuz, ce goulot d’étranglement par lequel transite environ un cinquième du pétrole mondial, est redevenu dimanche le théâtre d’une escalade entre l’Iran et les États-Unis qui dépasse largement le cadre militaire.
Selon les informations disponibles, une attaque contre un navire marchand dans le détroit a déclenché une réaction en chaîne : Washington a intensifié ses frappes contre des cibles iraniennes, Téhéran a multiplié les incidents dans le Golfe et annoncé la fermeture d’Ormuz, pendant que l’armée américaine affirmait de son côté que la navigation restait ouverte. Un bras de fer de communication autant que de puissance, et c’est précisément là que les marchés frémissent.
Car la vraie question n’est pas militaire, elle est économique : que se passe-t-il si Ormuz se ferme réellement, même quelques jours ? On parle d’un corridor par lequel passent environ 17 millions de barils par jour. Les pays du Golfe, l’Arabie saoudite, les Émirats, le Koweït, l’Irak, dépendent massivement de ce passage pour exporter leur pétrole. Une fermeture prolongée provoquerait un choc pétrolier brutal, avec des répercussions immédiates sur les cours du Brent et du WTI, et par ricochet sur les économies européennes et asiatiques déjà fragilisées.
La navigation reste ouverte, selon l’armée américaine, mais l’incertitude, elle, est déjà là.
L’incertitude, justement, est le vrai problème. Les marchés de matières premières n’attendent pas la fermeture effective pour réagir : ils anticipent, ils surréagissent, ils intègrent le risque dans les prix bien avant que les tankers soient réellement bloqués. Chaque déclaration iranienne sur la fermeture d’Ormuz, vraie ou rhétorique, fait monter les primes de risque sur les contrats à terme pétroliers. Et dans un contexte où l’OPEP publie justement ce lundi son rapport mensuel, le timing est particulièrement sensible.
Ce qui rend cette crise différente des précédentes tensions dans le Golfe, c’est l’état de l’économie mondiale en toile de fond. Les taux d’intérêt restent élevés dans la plupart des pays développés, la croissance européenne demeure poussive, et un choc pétrolier arriverait dans un système déjà sous tension. Contrairement à 2019 ou 2020, les marges de manœuvre des banques centrales sont limitées pour amortir un nouveau choc inflationniste importé.
Il y a aussi la dimension géopolitique plus large à ne pas négliger. Washington ne peut pas se permettre de laisser Ormuz se fermer sans perdre une crédibilité colossale dans la région. Mais une escalade militaire trop prononcée ferait elle-même flamber les prix, piégeant les États-Unis dans un paradoxe douloureux : défendre la liberté de navigation au risque d’alimenter l’inflation qu’ils combattent depuis des années.
Le rapport de l’OPEP attendu ce lundi apportera peut-être quelques éléments de contexte sur les stocks et la production, mais aucun chiffre ne pourra vraiment modéliser ce qui se passerait si le détroit était effectivement coupé plusieurs semaines. Ce scénario reste, pour l’instant, dans le domaine du pire. Sauf que le pire, en 2026, semble de moins en moins improbable.

