Vingt-deux ans après ses débuts européens, la franchise Fire Emblem s’offre sa première véritable entrée sur hardware nouvelle génération avec Fortune’s Weave sur Nintendo Switch 2, et le résultat mérite qu’on s’y attarde sérieusement. Après Three Houses qui avait soufflé les esprits en 2019, et Engage qui avait divisé la communauté en 2023, ce nouvel épisode arrive avec une ambition clairement affichée : voir les choses en grand. Alors, promesse tenue ou coup d’épée dans l’eau ?
Ce que Fortune’s Weave réussit vraiment
La première chose qui frappe en lançant Fortune’s Weave, c’est la réalisation technique. La Switch 2 permet enfin à Intelligent Systems de déployer des maps tactiques d’une envergure inédite dans la licence, avec des environnements détaillés, des effets climatiques dynamiques et une fluidité constante que la Switch originale n’aurait jamais pu offrir. Les batailles impliquant plusieurs dizaines d’unités simultanées ne souffrent d’aucun ralentissement, ce qui est loin d’être anecdotique pour un tactical RPG.
Le système de combat lui-même représente une évolution convaincante. Là où Engage misait sur une mécanique de rings centrée sur des emblèmes aux personnalités iconiques, Fortune’s Weave introduit un système de tissage de destins entre unités alliées qui crée des synergies inédites. Concrètement, deux unités liées par des événements narratifs partagés gagnent des bonus spécifiques lorsqu’elles combattent côte à côte, ce qui incite à s’investir dans les relations entre personnages plutôt que de les traiter comme de simples pions.
Ce qui déçoit ou divise
Le scénario, en revanche, ne convainc pas toujours. On est loin de la profondeur de Three Houses et de ses trois routes narratives entrelacées. Fortune’s Weave propose une intrigue principale plus linéaire, ce qui peut frustrer ceux qui espéraient retrouver la richesse politique et morale de Garreg Mach. Les enjeux sont présents, mais les retournements scénaristiques manquent souvent du souffle nécessaire pour marquer durablement.
La gestion des personnages secondaires est également en demi-teinte. Si les protagonistes principaux sont travaillés avec soin, plusieurs compagnons de route souffrent d’un manque flagrant de développement. On les recrute, on les utilise en combat, mais on ne s’y attache guère. C’est d’autant plus dommage que le système de tissage des destins repose précisément sur ces liens entre unités.
- Carte du monde : grande, variée, avec une progression géographique logique et agréable à explorer.
- Difficulté : bien calibrée sur les modes intermédiaires, mais le mode Classique (mort permanente) peut décourager les nouveaux venus sans filet de sécurité suffisant en début de partie.
- Musique : compositions solides, quelques thèmes mémorables, mais sans atteindre les sommets de Fates ou Three Houses.
- Interface : claire et lisible, bénéficie visiblement du travail d’optimisation réalisé après les critiques adressées à Engage.
- Durée de vie : entre 80 et 130 heures selon le niveau de complétion visé, ce qui en fait l’un des épisodes les plus fournis de la franchise.
Face aux autres opus de la franchise
Comparer Fire Emblem Fortune’s Weave à ses prédécesseurs immédiats est inévitable, et le résultat est nuancé. Par rapport à Engage, le gain est net sur le plan narratif et dans la cohérence des mécaniques de jeu avec l’histoire racontée. Par rapport à Three Houses, on perd en profondeur scénaristique et en rejouabilité structurelle, mais on gagne en fluidité tactique et en ambition cartographique.
Fortune’s Weave donne l’impression d’un épisode qui voulait absolument dépasser ses prédécesseurs sur tous les fronts à la fois, et qui réussit pleinement sur la moitié d’entre eux.
Pour qui est ce jeu, pour qui il ne l’est pas
À retenir
- Premier épisode natif Switch 2 : Fortune’s Weave est la première entrée de la franchise conçue spécifiquement pour la nouvelle console de Nintendo.
- 130 heures de contenu : une durée de vie généreuse qui place cet opus parmi les plus ambitieux de la série depuis Three Houses.
- Un positionnement entre Engage et Three Houses : le jeu tente une synthèse des deux derniers épisodes, avec des résultats inégaux selon les aspects.
Fortune’s Weave est taillé pour les fans de longue date de la franchise qui attendaient un Fire Emblem qui tire enfin pleinement parti d’une puissance matérielle digne de ce nom. Les amateurs de tactical RPG exigeants, peu sensibles aux faiblesses scénaristiques, y trouveront facilement leurs 100 heures de bonheur. Les nouveaux venus intéressés par l’univers Fire Emblem auront tout intérêt à commencer par Three Houses avant de s’y attaquer, pour mieux apprécier les références et comprendre l’évolution de la formule. En revanche, si vous cherchez avant tout une narration forte, un scénario à embranchements et des personnages mémorables du premier au dernier, préparez-vous à une légère déception sur ces points précis. Fortune’s Weave est un grand Fire Emblem, pas encore le Fire Emblem ultime.
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