L’âge d’or de Hollywood vient de perdre l’une de ses dernières représentantes. Eva Marie Saint est décédée le 6 octobre 2026 à son domicile de Los Angeles, de causes naturelles, entourée de ses proches, à l’âge de 102 ans. Lauréate d’un Oscar et d’un Emmy Award, figure indissociable du cinéma américain des années 1950 et 1960, elle laisse derrière elle une carrière de plus de sept décennies qui a traversé le film noir, le drame social, le thriller hitchcockien et bien davantage.
Infos pratiques
| Décès | 6 octobre 2026, Los Angeles |
| Âge | 102 ans |
| Oscar | Meilleure actrice dans un second rôle, 1955 (Sur les quais) |
Née en 1924 à Newark, dans le New Jersey, Eva Marie Saint débute sa carrière à la radio et dans des émissions de variétés à NBC avant de fouler les planches de Broadway. C’est sur scène qu’elle se forge une première reconnaissance, remportant un Drama Critics Award pour la pièce The Trip to Bountiful en 1953. Mais c’est le grand écran qui va la propulser au sommet, de manière aussi rapide que décisive. Dès son premier rôle au cinéma, face à Marlon Brando dans Sur les quais d’Elia Kazan en 1954, elle décroche l’Oscar de la meilleure actrice dans un second rôle, une performance que beaucoup de critiques jugent à la hauteur, voire au-dessus, de celle de son partenaire pourtant déjà légendaire.
Entre Hitchcock et le drame social : une polyvalence rare
Ce qui distingue Eva Marie Saint dans le paysage hollywoodien de l’époque, c’est précisément son refus de se laisser enfermer dans un registre. Après Sur les quais, l’industrie tente de la cantonner à des rôles d’épouses mélancoliques et de mères sacrifiées, rôles qu’elle accepte brièvement avec A Hatful of Rain ou Raintree Country (tous deux en 1957). Mais en 1959, Alfred Hitchcock la choisit pour incarner Eve Kendall dans La Mort aux trousses, aux côtés de Cary Grant. Le résultat est une composition de femme fatale sophistiquée et ambiguë qui reste, aujourd’hui encore, l’une des plus belles de l’histoire du film noir américain.
Sa façon d’habiter chaque scène sans jamais en faire trop résumait exactement ce que l’Actors Studio avait apporté au jeu américain : une vérité intérieure qui rendait l’artifice cinématographique presque invisible.
Sa filmographie s’étend ensuite à des productions aussi variées qu’Exodus (1960) de Otto Preminger avec Paul Newman, Grand Prix (1966) ou encore Superman Returns (2006) où elle prête sa dignité au rôle de Martha Kent, la mère adoptive du super-héros. Côté télévision, elle remporte un Emmy Award en 1990 pour la téléfilm People Like Us, prouvant qu’aucun format ne lui était étranger. Sa longévité artistique force le respect : peu d’actrices de sa génération ont su rester pertinentes sur sept décennies sans jamais singer leur propre image.
La dernière gardienne d’une époque révolue
La mort d’Eva Marie Saint referme un chapitre que l’on pensait déjà fermé depuis longtemps. Elle était considérée, selon plusieurs médias spécialisés dont The Hollywood Reporter, comme l’une des dernières survivantes de l’âge d’or hollywoodien, cette période bénie qui s’étend grossièrement des années 1940 aux années 1960, quand les studios produisaient des films habités par une exigence formelle et dramatique que l’on peine à retrouver aujourd’hui. Son départ physique n’efface évidemment pas son héritage : Sur les quais et La Mort aux trousses continueront d’être diffusés et étudiés, ses interprétations servant de référence à chaque nouvelle génération d’acteurs formés à la nuance plutôt qu’au spectacle.
À retenir
- Carrière de 70 ans : d’une émission de variétés NBC dans les années 1940 jusqu’à Superman Returns en 2006, Eva Marie Saint n’a jamais cessé de travailler.
- Double palmarès : Oscar du meilleur second rôle en 1955 pour Sur les quais, et Emmy Award en 1990 pour People Like Us, deux récompenses séparées de 35 ans.
- Icône du suspense hitchcockien : son rôle d’Eve Kendall dans La Mort aux trousses (1959) reste une référence absolue de la femme fatale au cinéma.
La question qui demeure, au-delà du deuil légitime, est la suivante : Hollywood sait-il encore former ce genre de talents, des actrices capables de traverser autant de genres et de décennies avec une cohérence artistique intacte ? Eva Marie Saint ne répondra plus, mais ses films, eux, continuent de poser la barre très haut.
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