Washington a annoncé le 18 septembre 2026 être prêt à vendre 48 avions de combat furtifs F-35 à l’Arabie saoudite pour un montant de 24,3 milliards de dollars, un contrat colossal qui devra encore être approuvé par le Congrès américain avant d’entrer en vigueur. Cette annonce intervient alors que le Moyen-Orient reste une poudrière active, et elle soulève immédiatement deux questions qui méritent d’être posées sans détour : l’Arabie saoudite est-elle un partenaire suffisamment fiable pour recevoir la technologie militaire la plus sensible des États-Unis, et Pékin ne risque-t-il pas d’en être le grand bénéficiaire indirect ?
Un contrat titanesque au plus mauvais moment
Le F-35 n’est pas n’importe quel avion. C’est l’appareil le plus avancé de l’arsenal occidental, conçu autour d’une furtivité radar qui représente des décennies de recherche et des centaines de milliards d’investissements. Le vendre à un pays du Golfe en pleine ébullition régionale, c’est parier très gros. Washington justifie traditionnellement ce type de vente par la nécessité de renforcer les partenaires régionaux face à l’Iran, mais l’argument mérite d’être nuancé : l’Arabie saoudite entretient simultanément des relations économiques et diplomatiques de plus en plus étroites avec la Chine, notamment depuis l’accord de normalisation sino-saoudien de 2023 et les contrats pétroliers libellés en yuan.
La question que plusieurs analystes de défense posent ouvertement est simple : jusqu’où Riyad peut-il être considéré comme un partenaire exclusif de Washington ? Un pays qui achète du matériel américain de pointe tout en approfondissant ses liens avec Pékin se trouve dans une position d’équilibriste qui, du point de vue de la sécurité des transferts technologiques, devrait alerter le Congrès.
Le spectre d’une fuite technologique vers la Chine
Des observateurs spécialisés dans les questions de défense ont soulevé un scénario que l’administration américaine ne peut pas se permettre d’ignorer : si des ingénieurs ou des techniciens chinois travaillant sur le sol saoudien accèdent aux appareils, même indirectement, ne serait-ce qu’à travers les contrats de maintenance, la Chine pourrait glaner des informations précieuses sur la signature radar du F-35 et ses systèmes de guerre électronique. Ce n’est pas de la science-fiction : les précédents existent. En 2011, lorsqu’un drone furtif américain RQ-170 s’était posé en Iran, les Iraniens avaient rapidement partagé l’appareil avec Moscou et Pékin pour analyse.
« La furtivité n’est utile que tant qu’elle reste secrète. Partager ces capacités avec un pays dont les réseaux de partenaires incluent la Chine, c’est risquer d’offrir à Pékin une feuille de route pour concevoir ses propres contre-mesures. »
Ce risque est d’autant plus concret que la Chine développe depuis plusieurs années ses propres chasseurs de cinquième génération, le J-20 et le J-35, et que toute information sur les faiblesses ou les caractéristiques techniques du F-35 lui serait d’une valeur stratégique immense.
L’arithmétique politique d’une décision controversée
Du côté américain, la logique de la vente est d’abord industrielle et diplomatique. Lockheed Martin, le constructeur du F-35, voit dans ce contrat une manne financière considérable et un argument pour maintenir les cadences de production à un niveau élevé. Washington, de son côté, cherche à consolider son influence à Riyad face à la montée en puissance chinoise dans la région, notamment après le rapprochement sino-iranien et la médiation de Pékin dans le dialogue entre l’Arabie saoudite et l’Iran en 2023.
Ce qu’il faut surveiller dans les prochaines semaines
À retenir
- 24,3 milliards de dollars : montant du contrat de vente de 48 F-35 à l’Arabie saoudite, en attente d’approbation du Congrès américain.
- Risque technologique : des observateurs craignent que la Chine n’accède à la technologie furtive du F-35 via ses partenariats avec Riyad.
- Contexte explosif : la vente est annoncée en plein conflit au Moyen-Orient, ce qui amplifie les inquiétudes stratégiques.
Le Congrès américain dispose d’un délai pour examiner toute notification de vente d’armes majeure, et plusieurs sénateurs des commissions des forces armées ont déjà exprimé des réserves par le passé sur les ventes d’armements sensibles au Golfe. Le débat promet d’être tendu, d’autant que l’actualité au Moyen-Orient peut basculer rapidement et modifier la perception du risque. Il faudra aussi observer la réaction d’Israël : Tel Aviv bénéficie d’un accord garantissant sa supériorité militaire qualitative dans la région, et la livraison de F-35 à un voisin arabe, même allié, remet mécaniquement cette garantie en question.
Ce qu’il faut retenir
- Washington propose de vendre 48 F-35 à l’Arabie saoudite pour 24,3 milliards de dollars, sous réserve d’approbation du Congrès.
- Des experts alertent sur le risque que la Chine accède indirectement à cette technologie furtive via ses partenariats avec Riyad.
- La décision soulève des questions sur la fiabilité de l’Arabie saoudite comme partenaire exclusif face aux ambitions de Pékin dans le Golfe.
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