Kidal est de nouveau sous pavillon de Bamako. La junte militaire malienne et ses alliés russes ont repris le contrôle de cette ville du nord du Mali, fief historique des rebelles touareg, selon des informations rapportées mardi par Le Monde. Ce retournement de situation intervient plusieurs mois après une défaite humiliante : les forces gouvernementales avaient été chassées de la ville le 25 avril lors d’une offensive conjointe entre les indépendantistes du Front de libération de l’Azawad (FLA) et les djihadistes du Groupe de soutien de l’islam et des musulmans (GSIM). Reprendre Kidal, c’est donc bien plus qu’un gain territorial : c’est une reconquête symbolique de premier ordre.
Kidal n’est pas une ville comme les autres. Pendant des décennies, elle a constitué le bastion des revendications touareg pour l’autonomie, voire l’indépendance, de l’Azawad, cette vaste région désertique du nord du Mali. Sa prise en 2013 par des groupes armés avait marqué l’un des moments les plus graves de la crise sahélienne, forçant une intervention militaire française dans le cadre de l’opération Serval. Depuis lors, la ville a souvent fonctionné comme un État dans l’État, inaccessible aux autorités de Bamako. La reprendre constitue donc, pour la junte dirigée par Assimi Goïta, un message politique fort adressé tant aux populations qu’aux puissances étrangères qui observent l’évolution du pays.
La présence russe au Mali n’est plus un secret depuis que Bamako a tourné le dos à la France et accueilli les combattants du groupe Wagner, rebaptisé depuis Africa Corps après la mort de Evgueni Prigojine. Les mercenaires russes ont apporté un appui décisif sur le terrain, combinant renseignement, artillerie et forces spéciales aux côtés des soldats maliens. Cette alliance militaire de rechange, présentée par la junte comme une coopération entre États souverains, a permis de compenser les lacunes capacitaires des forces armées maliennes, particulièrement exposées dans les espaces désertiques du nord. La reconquête de Kidal confirme que ce modèle opérationnel produit des résultats militaires concrets, même s’il soulève de sérieuses questions sur la gouvernance post-conflit.
Probabilité que la junte consolide durablement Kidal
38%, Les précédents historiques montrent que tenir Kidal militairement sans solution politique reste extrêmement difficile pour tout gouvernement malien.
L’alliance tactique qui avait permis de chasser la junte au printemps rassemblait deux acteurs aux agendas radicalement opposés : le FLA, mouvement indépendantiste touareg séculier, et le GSIM, branche sahélienne d’Al-Qaïda. Cette convergence de circonstance avait surpris les observateurs, tant les deux organisations s’étaient combattues par le passé. La perte de Kidal représente un revers sévère pour les indépendantistes touareg, qui y voyaient le symbole de leur résistance. Pour le GSIM, la ville n’était probablement qu’un levier parmi d’autres dans une stratégie djihadiste de long terme. La question qui se pose désormais est celle d’une reconstitution éventuelle de cette alliance, ou au contraire d’une fragmentation des forces opposées à Bamako dans le nord.
La reprise de Kidal illustre la nouvelle donne sahélienne : des juntes africaines outillées par Moscou, capables de victoires militaires spectaculaires, mais confrontées à des équations politiques que la force seule ne résout pas.
Sur le plan humanitaire, les précédentes batailles pour Kidal ont systématiquement engendré des déplacements massifs de populations. Les civils touareg, souvent perçus comme proches des revendications indépendantistes, risquent de se trouver dans une situation particulièrement vulnérable. Le Sahel compte déjà plusieurs millions de déplacés internes, et chaque reconquête territoriale par des acteurs militarisés aggrave cette crise silencieuse. Sur le plan régional, la montée en puissance de la junte malienne adossée à la Russie envoie un signal aux gouvernements voisins : le Burkina Faso et le Niger, eux aussi dirigés par des juntes, observent attentivement ce modèle. L’Alliance des États du Sahel, regroupant ces trois pays, se consolide autour d’une même logique de rupture avec les partenariats occidentaux.
À retenir
La reconquête de Kidal sera célébrée à Bamako comme une victoire nationale. Mais l’histoire récente du Mali enseigne une leçon dure : chaque fois qu’un acteur extérieur ou intérieur a cru «régler» la question du nord par les armes, le conflit a simplement changé de forme. La présence russe peut produire des gains tactiques, elle ne fabrique pas de légitimité locale.
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